02 juillet 2020

Kate Morton. "La Prisonnière du temps". 2018. Extraits.


"... il faut être bien revêche pour s'abstenir de raconter une bonne histoire sous prétexte qu'elle est fausse."

"Elle trouvait épuisants les sourires des vivants, leurs bavardages, leurs considérations météorologiques. Elle quittait invariablement leurs soirées, si amicales et intimes soient-elles, avec un sentiment de vide, comme si elle s'était, sans le vouloir, dépouillée de quelques bribes vitales de son être, qu'elle ne récupérerait jamais."

"J'aime bien les enfants. Ils perçoivent mieux les choses. Ils n'ont pas encore appris comment ne pas voir."

"La nostalgie, c'était le plus profond des désirs, la conscience du caractère inexorable du passage du temps."

"L'être humain est un conservateur. Chacun, chacune prend soin de ses souvenirs préférés et les assemble afin de créer un récit susceptible de plaire. Certains événements sont réparés et astiqués, pour qu'on puisse les mettre en vitrine; d'autres, jugés sans valeur, sont laissés de côté et croupissent dans les profondeurs des entrepôts bondés de l'esprit. Avec un peu de chance, on les y oublie rapidement. Le procédé ne relève pas de la malhonnêteté: c'est la seule façon dont on peut vivre avec soi-même, avec le fardeau de ses expériences."

"Chaque horloge est une pièce unique, me disait-il souvent. Et elle a ceci de commun avec un être humain que son cadran, son visage si l'on veut, qu'il soit beau ou quelconque, n'est qu'un masque dissimulant des mécanismes complexes."

"... quelles que soient les mauvaises surprises de l'existence, être aimé, c'est être protégé."

"... l'amour est un baume."

"Il existe chez ceux qui aident leur prochain une conscience de la bonne action qui les submerge, les rend sourds à la raison et aveugles à ce qui se passe autour d'eux."

"L'enfance est le plus cruel des moments de la vie. Une période où tout est extrême: le matin on vogue sans un souci au cœur entre les étoiles pour plonger le soir dans les noires forêts du désespoir."

21 juin 2020

Fannie Flagg. "Toute la ville en parle". 2016. Extraits.


"Parfois, Birdie, il faut simplement faire sortir le ver du fruit."

"La vie était imprévisible, et la mort, absolument définitive. On n'avait pas droit à une deuxième chance. Alors il fallait profiter tout de suite, chaque jour, de l'existence."

"La beauté est essentielle dans nos vies et ne revient pas si cher."

"Les gens sont souvent désorientés dans la vie, parce qu'elle ne se limite pas à une seule histoire, observa Elner. Au contraire, plein de choses arrivent en même temps. Elle peut être simple et compliquée, il y a de la tristesse, de la joie, tout ça à la fois. Pensez à ma sœur Ida. Elle se donnait toujours un objectif, comme si c'était la clé du bonheur. Un mari riche, une grande maison, sa fille qui devait être mieux que les autres, son club de jardinage, etc. Elle a obtenu pratiquement tout ce qu'elle voulait, mais elle n'a jamais été heureuse. Ce n'était jamais suffisant."

"A l'évidence, le chagrin mène à l'amertume."

"La situation des Etats-Unis l'inquiétait. Quelque chose pourrissait sous la surface, atténuant la frontière entre le bien et le mal. C'était comme si, d'année en année, des centaines de rats, armés de leur cynisme, rongeaient les racines du pays, attaquaient sa substance jusqu'à ce qu'il n'en reste plus qu'un dépôt visqueux, répandant l'odeur nauséabonde de la haine de soi."

"Au nom du politiquement correct, l'histoire était sans cesse réécrite. On vivait sur un territoire où la liberté d'expression était garantie à certains, mais pas à tous."

04 juin 2020

John Boyne. "Les fureurs invisibles du coeur". 2017. Extraits.


"- Que signifient les rêves, de toute manière? Ce ne sont que des tissus de bêtises.
- Ou l'expression d'une envie intime. La représentation inconsciente de nos véritables désirs."

"Max était la preuve vivante que peu importe que les gens vous aiment ou vous haïssent; tant qu'ils savent qui vous êtes, vous pouvez aisément gagner votre vie."

"J'ai parfois l'impression que je ne suis pas faite du tout pour vivre au milieu des gens. Que je serais plus heureuse sur une petite île quelque part, seule avec mes livres et de quoi écrire. Je pourrais faire pousser ma nourriture et ne pas être obligée de parler à quiconque."

"Avoir un endroit où on se sent en sécurité, où on peut travailler est plus important qu'on ne l'imagine, et le jour où il n'existe plus, c'est tragique."

"Je ne comprends pas pourquoi certains auteurs ressentent le besoin de parler de leurs œuvres ou d'accorder des interviews. Si tu n'as pas dit ce que tu souhaitais dans les pages que tu as écrites, cela signifie que tu aurais dû les corriger encore une fois."

18 mai 2020

Emile Zola. "Germinal". 1885. Extraits.


"Souffle la chandelle, je n'ai pas besoin de voir la couleur de mes idées."

"L'embêtant, voyez-vous, c'est lorsqu'on se dit que ça ne peut pas changer… Quand on est jeune, on s'imagine que le bonheur viendra, on espère des choses; et puis, la misère recommence toujours, on reste enfermé là-dedans… Moi, je ne veux du mal à personne, mais il y a des fois où cette injustice me révolte."

"Lorsqu'on vit comme des bêtes, le nez à terre, il faut bien un coin de mensonge, où l'on s'amuse à se régaler des choses qu'on ne possédera jamais."

"Dis ce que tu voudras, et ce sera comme si tu n'avais rien dit… Ah! j'en ai vu, j'en ai vu de ces affaires! Il y a quarante ans, on nous flanquait à la porte de la Direction, à coups de sabre encore! Aujourd'hui, ils vous recevront peut-être; mais ils ne vous répondront pas plus que ce mur… Dame! ils ont l'argent, ils s'en fichent!"

"Notre désir, par malheur, est que la Compagnie s'occupe moins de nous, et qu'au lieu de jouer le rôle de providence elle se montre tout bonnement juste en nous donnant ce qui nous revient, notre gain qu'elle se partage. Est-ce honnête, à chaque crise, de laisser mourir de faim les travailleurs pour sauver les dividendes des actionnaires?"

"Les deux hommes ne crièrent plus, devenus aigres et mauvais, gagnés par le froid de leur rivalité. C'était, au fond, ce qui outrait les systèmes, jetant l'un à une exagération révolutionnaire, poussant l'autre à une affectation de prudence, les emportant malgré eux au-delà de leurs idées vraies, dans ces fatalités des rôles qu'on ne choisit pas soi-même. Et Souvarine, qui les écoutait, laissa voir, sur son visage de fille blonde, un mépris silencieux, l'écrasant mépris de l'homme prêt à donner sa vie, obscurément, sans même en tirer l'éclat du martyre."

"- Alors, tu n'as pas peur? demanda Etienne.
Jeanlin le regarda, étonné.
- Peur de quoi? puisque je suis tout seul."

"... c'était l'imprévoyance fatale à l'heure du danger, la bêtise naturelle des catastrophes, tout ce qu'un gouvernement peut commettre de fautes, dès qu'il s'agit d'avoir l'intelligence des faits."

"Etienne flaira cette compensation aux désastres, repris de découragement devant la puissance invincible des gros capitaux, si forts dans la bataille, qu'ils s'engraissaient de la défaite en mangeant les cadavres des petits, tombés à leur côté."

"Est-ce possible, de s'être rendu si malheureux à vouloir la justice!"

"On se monte la tête, on souffre tellement de ce qui existe, qu'on demande ce qui n'existe pas."

"Il avait le mépris des beaux parleurs, des gaillards qui entrent dans la politique comme on entre au barreau, pour y gagner des rentes, à coups de phrases."

"Rien n'est jamais fini. Il suffit d'un peu de bonheur pour que tout recommence."

16 mai 2020

Liane Moriarty. "Le secret du mari". 2013. Extraits.


"Etre une bonne mère, c'est plus facile quand on a un public."

"Vous n'êtes pas comme les autres, lui avait confié un client en lui serrant la main à la fin de leur première entrevue. Les commerciaux ont tendance à beaucoup parler. Vous, vous écoutez."

"Voilà ce qui arrive quand on tient la liberté pour acquise: on perd le sens de la mesure."

"Dire que les gens s'imaginent qu'après une tragédie on devient plus sage, plus spirituel. Foutaises. C'était tout le contraire. Une tragédie, ça rend mesquin et malveillant. On n'en sort ni plus lucide ni plus avisé."

"Voilà comment on vivait avec un secret. Il suffisait de se lancer. De faire comme si tout allait bien. D'ignorer le nœud qui vous tordait l'estomac. De vous anesthésier de sorte que vos émotions restent égales."

"Le cœur battant à tout rompre, Tess se rendit compte qu'on pouvait passer toute sa vie à regarder ceux qu'on aimait sans jamais le faire en face, sans vraiment ouvrir les yeux, comme si on cherchait à rester dans le flou, si bien qu'après un événement comme celui-ci, regarder l'autre devient terrifiant."

"Aussi étrange que cela puisse paraître, plus on connaît quelqu'un, plus ses contours deviennent flous, comme si le temps passé ensemble effaçait ce qui le distingue de vous."

"Nos vies sont pleines de secrets pour nous-mêmes."