24 mai 2014

Benjamin Constant. "Adolphe". 1816. Extraits.


"Presque toujours, pour vivre en repos avec nous-mêmes, nous travestissons en calculs et en systèmes nos impuissances, ou nos faiblesses: cela satisfait cette portion de nous qui est pour ainsi dire, spectatrice de l'autre."

"... il n'y a point d'unité complète dans l'homme, et presque jamais personne n'est tout à fait sincère ni tout à fait de mauvaise foi."

"... ce qu'on ne dit pas n'en existe pas moins, et tout ce qui est se devine."

"Il y a des choses qu'on est longtemps sans se dire, mais quand une fois elles sont dites, on ne cesse jamais de les répéter."

"Dès qu'il existe un secret entre deux coeurs qui s'aiment, dès que l'un d'eux a pu se résoudre à cacher à l'autre une seule idée, le charme est rompu, le bonheur est détruit."

"... telle est la bizarrerie de notre coeur misérable que nous quittons avec un déchirement horrible ceux près de qui nous demeurions sans plaisir."

"Nous sommes des créatures tellement mobiles, que, les sentiments que nous feignons, nous finissons par les éprouver."

"... elle épuisait toutes les explications fausses avant de se résigner à la véritable."

"... l'homme se déprave dès qu'il a dans le coeur une seule pensée qu'il est constamment forcé de dissimuler."

"Les indifférents ont un empressement merveilleux à être tracassiers au nom de la morale, et nuisibles par zèle pour la vertu; on dirait que la vue de l'affection les importune, parce qu'ils en sont incapables; et quand ils peuvent se prévaloir d'un prétexte, ils jouissent de l'attaquer et de la détruire."