01 mai 2014

Honoré de Balzac. "Béatrix". 1839. Extraits.


"En travaillant pour les masses, l'Industrie moderne va détruisant les créations de l'Art antique dont les travaux étaient tout personnels au consommateur comme à l'artisan. Nous avons des produits, nous n'avons plus d'oeuvres."

"Aujourd'hui les beaux hôtels se vendent, sont abattus et font place à des rues. Personne ne sait si sa génération gardera le logis patrimonial, où chacun passe comme dans une auberge; tandis qu'autrefois en bâtissant une demeure, on travaillait, on croyait du moins travailler pour une famille éternelle. De là, la beauté des hôtels. La foi en soi faisait des prodiges autant que la foi en Dieu."

"Quand l'avarice se propose un but, elle cesse d'être un vice, elle est le moyen d'une vertu, ses privations excessives deviennent de continuelles offrandes, elle a enfin la grandeur de l'intention cachée sous ses petitesses."

"Il se posait comme incurable avec d'autant plus de raison que les médecins ne connaissent aucun remède contre les maux qui n'existent pas."

"Napoléon a surnommé l'infortune la sage-femme du génie."

"- Pourquoi l'amour m'a-t-il donc fuie, dit-elle d'une voix altérée, dites-le moi, vous qui savez tout?
- Mais vous n'êtes pas aimable, reprit-il, vous ne vous pliez pas à l'amour, il doit se plier à vous. Vous pourrez peut-être vous adonner aux malices et à l'entrain des gamins; mais vous n'avez pas d'enfance au coeur, il y a trop de profondeur dans votre esprit, vous n'avez jamais été naïve, et vous ne commencerez pas à l'être aujourd'hui. Votre grâce vient du mystère, elle est abstraite et non active. Enfin votre force éloigne les gens très forts qui prévoient une lutte."

"... mais il y procédait par phrases exclamatives; il y avait beaucoup de ces points prodigués par la littérature moderne dans les passages dangereux, comme des planches offertes à l'imagination du lecteur pour lui faire franchir les abymes."

"... l'indifférence a quelque chose de si complètement froid qu'elle ne peut jamais être simulée."

"Ce n'est pas l'espérance, mais le désespoir qui donne la mesure de nos ambitions. On se livre en secret aux beaux poèmes de l'espérance, tandis que la douleur se montre sans voile."

"... l'amour le plus pur ment six fois par jour, ses impostures accusent sa force."

"Pendant quelques temps, Béatrix et Calyste la virent voltigeant sur les cimes ou sur les abîmes comme un feu follet, essayant de donner le change à ses souffrances en affrontant le péril."

"Je suis trop humiliée, répondait-elle, mon passé dépouille l'avenir de toute sécurité."

"Vous êtes jeune, vous ne savez pas combien il est utile de paraître victime quand on se sent le bourreau."

"La dignité n'est qu'un paravent placé par l'orgueil et derrière lequel nous enrageons à notre aise."

"C'est la vie, elle est préférable avec ses blessures et ses douleurs aux noires ténèbres du dégoût, au poison du mépris, au néant de l'abdication, à cette mort du coeur qui s'appelle l'indifférence."

"On ne vous sait gré de vos tendresses que quand vous les avez mises en relief par des méchancetés."

"... la douleur est comme cette tige de fer que les sculpteurs mettent au sein de leur glaise, elle soutient, c'est une force!"

"Les sots veulent passer pour gens d'esprit, les gens d'esprit veulent être des gens de talent, les gens de talent veulent être traités de gens de génie; quant aux gens de génie, ils sont plus raisonnables, ils consentent à n'être que des demi-dieux. Cette pente de l'esprit public actuel, qui rend à la Chambre le manufacturier jaloux de l'homme d'Etat et l'administrateur jaloux du poète, pousse les sots à dénigrer les gens d'esprit, les gens d'esprit à dénigrer les gens de talent, les gens de talent à dénigrer ceux d'entre eux qui les dépassent de quelques pouces et les demi-dieux à menacer les institutions, le trône, enfin tout ce qui ne les adore pas sans condition."

"En proclamant l'égalité de tous, on a promulgué la déclaration des droits de l'Envie."

"Chaque période a son caractère que les gens habiles exploitent."