22 mai 2014

Nancy Huston. "Instruments des ténèbres". 1996. Extraits.


"Mais si le corps et l'âme sont si radicalement transformés, peut-on dire encore qu'il s'agisse de la même personne, peut-on lui donner le même nom?"

"Barbe Durand n'est la fille de personne alors c'est le souffre-douleur de tous."

"Il avait épousé l'oiseau pour étouffer son chant."

"Ah! la complexité insondable de ces interactions humaines, chacun de nous se baladant avec ses petits critères selon lesquels on juge les autres, tout en s'efforçant de répondre à leurs critères à eux - mais discrètement, sans en avoir l'air, en faisant semblant de n'être que soi-même et de n'avoir besoin de l'approbation de personne... Il n'y a aucun étalon-or, rien que ces perpétuels glissements, rajustements et compromis, chacun agitant absurdement le pied dans l'air à la recherche d'un bout de terre ferme où le poser..."

"Vous savez bien que vos livres détruisent aussi... des illusions, par exemple; et que vos accès de rage sont créateurs... de scènes, de phrases, de personnages nouveaux."

"Nos cerveaux sont nos balais, nos traîneaux, nos ailes, nos buissons ardents, nos tapis volants, nos onguents, nos lampes d'Aladin... Il suffit de les frotter et - abracadabra! - la réalité s'évanouit, pour céder la place à des images d'un réalisme stupéfiant."

"... justement en raison que la vie réelle existe, et qu'elle n'a pas de sens, il est indispensable que l'Art, qui tourne autour des inexistants, en ait."