05 juin 2014

Alice Miller. "Abattre le mur du silence." 1991. Extraits.

 
  
"Même les armes les plus sophistiquées sont impuissantes contre la volonté d'un seul individu qui n'hésiterait pas à détruire le monde entier tant qu'il peut atteindre son but - se venger des blessures refoulées, avoir le plus de pouvoir possible, gouverner et prendre possession du monde autour de 
lui -, tout cela pour éviter de ressentir sa propre souffrance."   "... tant que nous le condamnons au silence, cet enfant en nous n'a pour s'exprimer que le langage de l'insomnie, des symptômes physiques et de la dépression. Comprimés et médicaments ne peuvent être d'aucun secours; ils ne peuvent qu'accroître le désarroi des adultes."

"... ils savent que ce refoulement avait d'abord été nécessaire à l'enfant pour survivre, parce que sans lui ce petit organisme aurait dû mourir de ses souffrances."

"Ceux qui ne connaissent que le mur du silence s'y cramponnent et se conduisent comme s'il les préservait de toutes les angoisses. Mais ceux qui ont un jour regardé à travers la brèche ne peuvent plus supporter l'existence de ce mur absurde. Il leur paraît inimaginable de continuer à vivre comme auparavant, de renoncer à la prise de conscience entrevue, car ils ont réalisé que ce qu'ils appelaient jadis leur vie n'était absolument pas une vie."

"... cette femme ne pouvait être une mère tant qu'elle n'avait pas appris à en devenir une pour l'enfant maltraité, négligé, ignoré, qu'elle était elle-même."

"Il existe un moyen de s'en sortir, vous n'avez plus besoin de vous détruire simplement pour rester aveugle. Car savoir ne tue pas, mais libère."

"Maintenant qu'elle était capable de corriger ses illusions, elle n'éprouvait plus le besoin de se cramponner à des gens qui refusaient la vérité."

"Le courage de changer naît de la colère, devenue consciente et maîtrisée, contre toutes les formes du traitement destructeur qui continue à détruire notre vie."

"Adolf Hitler lui non plus ne niait pas qu'il avait été battu. Il niait seulement les blessures subies, niait totalement ce qu'il avait ressenti et en vint, pour cette raison, à massacrer des millions d'êtres humains. Il n'en aurait pas été ainsi s'il avait ressenti sa situation, sa vérité, et avait pleuré sur elle, s'il n'avait pas refoulé la haine justifiée à l'encontre du responsable de sa détresse mais l'avait vécue consciemment et comprise. Mais il a perverti cette haine et l'a travestie en une idéologie destructrice."

"Vos patients pensent que seul le manque de temps vous empêche de les écouter. Peu d'entre eux comprennent que vous ne voulez pas les écouter par peur de ce que vous pourriez entendre."

"... nous avons besoin du soutien d'hommes et de femmes qui savent que ce qui était autrefois considéré comme un péché, à savoir critiquer ses parents, est en fait notre seule chance de guérir. Notre corps ne se laisse pas mystifier. Il ne respecte que nos sentiments vrais et nos pensées vraies: avec eux, et eux seuls, il consent, à long terme, à coopérer. Malheureusement, les jeunes se voient sans cesse découragés d'être sincères, au nom de ce que nous appelons la morale. Par la famille, d'abord, par les religions ensuite, et en fin de compte par la psychiatrie."

"... il est complètement inutile de comprendre son vis-à-vis tant qu'il ne veut pas se comprendre lui-même."

"... on se sent isolé lorsqu'on est coupé de son moi et que l'on vit en fuyant la vérité. Cette perte-là, des centaines d'amis et d'admirateurs approbatifs ne sauraient la compenser."

"Il est déjà assez difficile d'identifier clairement un mensonge lorsqu'une seule personne, dont nous attendons de l'aide, s'obstine dans ce mensonge. Tant notre détresse que la politesse que l'on nous a inculquée nous empêchent de démasquer le menteur. Mais n'est-il pas encore infiniment plus difficile de percer à jour des mensonges que tous les membres de notre entourage tiennent pour vérité uniquement parce qu'ils en furent eux-mêmes des victimes."

"Réprimer les émotions, les sensations et les sentiments de l'enfant, c'est assassiner son âme."

"Les représentants bien considérés de la société - enseignants, juristes, médecins, travailleurs sociaux, prêtres - protègent les parents contre tout reproche de l'enfant maltraité, et mettent sous le boisseau la vérité sur les mauvais traitements infligés aux enfants."

"Hitler n'a pas inventé le fascisme. Comme nombre de ses contemporains, il l'a trouvé en germe dans le régime totalitaire de sa famille."

"Hitler a obtenu le pouvoir de faire de l'Europe et du monde le champs de bataille de son enfance parce que, dans l'Allemagne d'alors, des millions d'hommes et de femmes avaient vécu, enfants, le même genre d'expérience. Et, par voie de conséquence, un certain nombre de principes leur paraissaient - même si ce n'était pas forcément conscient - aller de soi:
1. Ce n'est pas la vie, mais l'ordre et l'obéissance qui constituent les valeurs suprêmes.
2. L'ordre ne peut être établi et maintenu que par la force.
3. La créativité (incarnée par l'enfant) est un danger pour l'adulte et doit être détruite.
4. L'obéissance absolue au père est le commandement suprême.
5. La désobéissance et la critique sont impensables, car elles sont punies de châtiments corporels ou de menaces de mort.
6. L'enfant éveillé, plein de vitalité, doit être maté aussi vite que possible, transformé en robot obéissant, en esclave.
7. De ce fait, les sentiments indésirables et les vrais besoins doivent être réprimés de la manière la plus ferme, brutale même.
8. Lorsque le père châtie l'enfant, la mère ne prend jamais sa défense mais, à l'issue du supplice, lui prêche l'amour et le respect dû aux parents.
Heureusement, il se trouvait ça et là des personnes auprès desquelles l'enfant pouvait se réfugier, échapper à ce régime totalitaire, voire recevoir un peu d'amour, de considération et de protection. Grâce à cette expérience positive - ne serait-ce que par simple comparaison -, il parvenait à condamner, du moins intérieurement, la cruauté dont il était victime et ne nourrissait aucunement le désir de tourmenter plus tard d'autres humains. Mais en l'absence complète de ces témoins salvateurs, l'enfant n'avait d'autre choix dans ce bizarre scénario, que d'étouffer tout réflexe naturel (la colère, ou même le rire) et de s'exercer quotidiennement à l'obéissance absolue. C'était pour lui la seule façon de maintenir la menace paternelle dans des limites acceptables."

"Si je fais à d'autres ce que j'ai dû subir autrefois, je n'aurai pas besoin de sentir combien le souvenir m'en serait douloureux. Si j'enveloppe le tout d'un bon emballage idéologique ou religieux, et raconte tous les mensonges auxquels mon entourage a appris à croire, beaucoup me suivront. Si de plus - comme Hitler - je peux jouer de mes talents de comédien, prendre l'air du père menaçant que presque tous dans leur enfance croyaient aveuglément, et que tous redoutaient, alors je trouverai d'innombrables complices pour tous les crimes possibles et imaginables - et plus ce sera insensé, plus ce sera facile."

"Tant le dictateur que sa femme étaient convaincus qu'en torturant le peuple, ils se montraient pour lui les meilleurs parents du monde. Ils avaient appris ce message très tôt, de leurs propres parents, et le considéraient comme indiscutable. Les dernières paroles d'Elena Ceaucescu avant son exécution en témoignent. Lorsque les soldats ont voulu lui lier les mains, elle leur a crié: "Enfants, souvenez-vous que pendant vingt ans, j'ai été pour vous comme une mère; n'oubliez pas tout ce que j'ai fait pour vous."

"Le patient ne cesse de s'entendre dire, jusqu'à ce qu'il le croie - et le thérapeute est alors tranquillisé: "Ta haine te rend malade; pour guérir, tu dois pardonner et oublier. Or ce n'est pas la haine, mais justement cette morale si instamment conseillée qui a, dans son enfance, plongé ce patient dans ce désespoir muet et l'a finalement rendu malade, en le coupant de ses sentiments et de ses besoins."

"Pourquoi devrais-je pardonner, si personne ne me le demande? Mes parents se refusent bien à savoir, à comprendre ce qu'ils m'ont infligé. Pourquoi donc devrais-je continuer à m'efforcer, par exemple à l'aide de la psychanalyse ou de l'analyse transactionnelle, de comprendre mes parents et leur enfance, et de leur pardonner? A quoi cela peut-il servir? Qui en sera aidé? Cela n'aide pas mes parents à voir la vérité, et moi, cela m'empêche de vivre les sentiments qui m'ouvriraient l'accès à la vérité. Sous la cloche de verre du pardon, les sentiments n'ont ni le droit ni la possibilité de s'exprimer librement."

"A partir du moment où l'adulte accepte de voir qu'il a commis une faute et le reconnaît, l'enfant peut l'excuser."

"La possibilité de changer le cours des choses dépend de l'existence d'un nombre suffisant de témoins lucides, capables de tendre un "filet de sécurité" à la prise de conscience croissante des enfants maltraités, afin qu'ils ne tombent pas dans les ténèbres de l'oubli - d'où ils resurgiront plus tard sous forme de malades ou de criminels. S'étant rattrapés dans le "filet" des témoins lucides, ces enfants peuvent devenir des adultes conscients qui vivront avec et non contre leur passé et qui, pour cette raison, pourront travailler à un avenir plus humain."

"... 100% des enfants gravement maltraités ont été des enfants non désirés."

"... tant que nous le condamnons au silence, cet enfant en nous n'a pour s'exprimer que le langage de l'insomnie, des symptômes physiques et de la dépression. Comprimés et médicaments ne peuvent être d'aucun secours; ils ne peuvent qu'accroître le désarroi des adultes."

"... ils savent que ce refoulement avait d'abord été nécessaire à l'enfant pour survivre, parce que sans lui ce petit organisme aurait dû mourir de ses souffrances."

"Ceux qui ne connaissent que le mur du silence s'y cramponnent et se conduisent comme s'il les préservait de toutes les angoisses. Mais ceux qui ont un jour regardé à travers la brèche ne peuvent plus supporter l'existence de ce mur absurde. Il leur paraît inimaginable de continuer à vivre comme auparavant, de renoncer à la prise de conscience entrevue, car ils ont réalisé que ce qu'ils appelaient jadis leur vie n'était absolument pas une vie."

"... cette femme ne pouvait être une mère tant qu'elle n'avait pas appris à en devenir une pour l'enfant maltraité, négligé, ignoré, qu'elle était elle-même."

"Il existe un moyen de s'en sortir, vous n'avez plus besoin de vous détruire simplement pour rester aveugle. Car savoir ne tue pas, mais libère."

"Maintenant qu'elle était capable de corriger ses illusions, elle n'éprouvait plus le besoin de se cramponner à des gens qui refusaient la vérité."

"Le courage de changer naît de la colère, devenue consciente et maîtrisée, contre toutes les formes du traitement destructeur qui continue à détruire notre vie."

"Adolf Hitler lui non plus ne niait pas qu'il avait été battu. Il niait seulement les blessures subies, niait totalement ce qu'il avait ressenti et en vint, pour cette raison, à massacrer des millions d'êtres humains. Il n'en aurait pas été ainsi s'il avait ressenti sa situation, sa vérité, et avait pleuré sur elle, s'il n'avait pas refoulé la haine justifiée à l'encontre du responsable de sa détresse mais l'avait vécue consciemment et comprise. Mais il a perverti cette haine et l'a travestie en une idéologie destructrice."

"Vos patients pensent que seul le manque de temps vous empêche de les écouter. Peu d'entre eux comprennent que vous ne voulez pas les écouter par peur de ce que vous pourriez entendre."

"... nous avons besoin du soutien d'hommes et de femmes qui savent que ce qui était autrefois considéré comme un péché, à savoir critiquer ses parents, est en fait notre seule chance de guérir. Notre corps ne se laisse pas mystifier. Il ne respecte que nos sentiments vrais et nos pensées vraies: avec eux, et eux seuls, il consent, à long terme, à coopérer. Malheureusement, les jeunes se voient sans cesse découragés d'être sincères, au nom de ce que nous appelons la morale. Par la famille, d'abord, par les religions ensuite, et en fin de compte par la psychiatrie."

"... il est complètement inutile de comprendre son vis-à-vis tant qu'il ne veut pas se comprendre lui-même."

"... on se sent isolé lorsqu'on est coupé de son moi et que l'on vit en fuyant la vérité. Cette perte-là, des centaines d'amis et d'admirateurs approbatifs ne sauraient la compenser."

"Il est déjà assez difficile d'identifier clairement un mensonge lorsqu'une seule personne, dont nous attendons de l'aide, s'obstine dans ce mensonge. Tant notre détresse que la politesse que l'on nous a inculquée nous empêchent de démasquer le menteur. Mais n'est-il pas encore infiniment plus difficile de percer à jour des mensonges que tous les membres de notre entourage tiennent pour vérité uniquement parce qu'ils en furent eux-mêmes des victimes."

"Réprimer les émotions, les sensations et les sentiments de l'enfant, c'est assassiner son âme."
  
"Les représentants bien considérés de la société - enseignants, juristes, médecins, travailleurs sociaux, prêtres - protègent les parents contre tout reproche de l'enfant maltraité, et mettent sous le boisseau la vérité sur les mauvais traitements infligés aux enfants."