06 juin 2014

Alice Miller. "Notre corps ne ment jamais." 2004. Extraits.

  


"A mes yeux, l'inconscient de chaque individu n'est autre que son histoire, dont la totalité est certes emmagasinée dans le corps, mais dont seules des bribes accèdent à la conscience."

"... lorsqu'on a été maltraité dans son enfance, seuls un refoulement massif et la déconnexion de ses véritables émotions permettent d'observer le Quatrième Commandement: "Tu honoreras ton père et ta mère." En réalité, ces enfants sont hors d'état d'aimer et d'honorer leurs parents car, inconsciemment, ils n'ont pas cessé d'en avoir peur. Et, même s'ils le souhaitent, ils sont incapables de nouer une relation confiante et sereine. On les verra généralement plutôt faire preuve d'un attachement pathogène, composé d'un mélange de peur et de sentiment du devoir, qui ne peut se confondre avec le véritable amour - ce n'est qu'un simulacre, une façade. En outre, les êtres maltraités dans leur enfance espèrent souvent, leur vie durant, recevoir enfin l'amour qu'ils n'ont jamais connu. Ces attentes renforcent leur attachement aux parents, attachement que la morale traditionnelle appelle amour et qui est considéré comme une vertu. La plupart des thérapies actuellement en vigueur ne remettent guère en question ce schéma et c'est le corps du patient qui paie le prix de ces conceptions "morales". Lorsqu'un être humain essaie de ressentir ce qu'il doit ressentir et s'interdit d'éprouver ce qu'il ressent réellement, il tombe malade. A moins qu'il ne fasse payer la facture à ses enfants, en projetant sur eux ses émotions refoulées."

"... au bout du compte, il m'a bien fallu reconnaître que je ne puis créer d'amour sur commande et qu'en revanche il naît spontanément en moi, par exemple envers mes enfants ou mes amis, dès lors que je ne m'y force pas et ne tente pas de me conformer à des préceptes moraux. Pour aimer vraiment, j'ai besoin de me sentir libre et d'accepter tous mes sentiments, fussent-ils négatifs."

"... le corps cherche, tout au long de la vie, la nourriture qu'il n'a pas reçue, dans l'enfance, et c'est précisément là, à mon avis, l'origine des souffrances qui ravagent l'existence de tant d'entre nous."

"La morale peut certes nous prescrire ce que nous devrions faire et ce qui nous est interdit, mais non ce que nous devrions ressentir. Car nos véritables sentiments, nous ne pouvons ni les susciter ni les supprimer, nous pouvons seulement nous couper d'eux par le mécanisme du clivage, nous mentir et tromper notre corps."