25 juin 2014

Victor Hugo. "La légende des siècles". 1859, 1877, 1883. Extraits.


"Car l'équilibre, c'est le bas aimant le haut;
Pour que le cèdre altier soit dans son droit, il faut
Le consentement du brin d'herbe."

*
"Le vieillard, qui revient vers la source première,
Entre aux jours éternels et sort des jours changeants;
Et l'on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens,
Mais dans l'oeil du vieillard on voit de la lumière."

*
"Mourir il ne le peut; mais renaître, qui sait?"

*
"Un roi
C'est un homme trop grand que trouble un vague effroi,
Qui, faisant plus de mal pour avoir plus de joie,
Chez les bêtes de somme est la bête de proie;
Mais ce n'est pas sa faute, et le sage est clément.
Un roi serait meilleur s'il naissait autrement;
L'homme est homme toujours; les crimes du despote
Sont faits par sa puissance, ombre où son âme flotte,
Par la pourpre qu'il traîne et dont on le revêt,
Et l'esclave serait tyran s'il le pouvait."

*
"Consentir à mourir c'est consentir à vaincre."

*
"La terre est le chemin,
Le but est l'infini, nous allons à la vie.
Là-bas une lueur immense nous convie.
Nous nous arrêterons lorsque nous serons là."

*
"Roi, c'est moi qui suis ma cage,
Et c'est moi qui suis ma clé."

*
"Car le sage lui-même a, selon l'occurrence,
Son jour d'entêtement et son jour d'ignorance."

*
"Le droit
Est l'envers du pouvoir dont la force est l'endroit;"

*
"La moitié d'un ami, c'est la moitié d'un traître."

*
"Qu'est la méchanceté? C'est de la léthargie;
Dieu dans l'âme endormi."

*
"La vie est une joie où le meurtre fourmille,
Et la création se dévore en famille."

*
"Qu'est-ce que tout cela fait à l'herbe des plaines,
Aux oiseaux, à la fleur, au nuage, aux fontaines?
Qu'est-ce que tout cela fait aux arbres des bois,
Que le peuple ait des jougs et que l'homme ait des rois?
L'eau coule, le vent passe, et murmure:
Qu'importe!"

*
"Avril a de ces fleurs où rampe une limace."

*
"A quoi bon présenter le miroir aux ténèbres?"

*
"Car la mort rit et fait, quand sur l'homme elle monte,
Plus de nuit sur la gloire, hélas! que sur la honte."

*
"Celui qui crée et qui sourit,
Celui qu'en bégayant nous appelons Esprit, 
Bonté, Force, Equité, Perfection, Sagesse,
Regarde devant lui toujours, sans fin, sans cesse,
Fuir les siècles ainsi que des mouches d'été.
Car il est éternel avec tranquillité."

*
"Mais l'orgueil est la forme altière de l'ennui."

*
"La foule ingrate et vaine existe,
Elle livre quiconque est par le sort livré,
Et raille d'autant plus qu'elle a plus admiré."

*
"Où je vois le collier, je cherche le carcan."

*
"Jésus disait: aimer; l'église dit: payer."

*
"Rome est un champ ayant le moine pour chardon;
Que l'âme de Jésus vienne donc et le broute!"

*
"Je sais que par instants le public devient froid,
Pour le bien et le mal, pour le crime et le droit,
Le comble de la chute étant l'indifférence;
On vit, l'abjection n'est plus une souffrance;
On regarde avancer sur le même cadran
Sa propre ignominie et l'orgueil du tyran;
L'affront ne pèse plus; et même on le déclare.
A ces époques-là de sa honte on se pare;
Temps hideux où la joue est rose du soufflet.
La jeunesse a perdu l'élan qui la gonflait;
Le tocsin ne fait plus dresser la sentinelle.
Ce fauve oiseau qui bat les cloches de son aile
Est cloué sur la porte obscure du beffroi;
Oui, sire, aux mauvais jours, sous quelque méchant roi
Féroce, quoique vil, et, quoique lâche, rude,
Toute une nation se change en solitude;
L'échine et le bâton semblent être d'accord,
L'un frappe et l'autre accepte; et le peuple a l'air mort;
On mange, on boit; toujours la foule, plus personne;
Les âmes sont un sol aride où le pied sonne;
Les foyers sont éteints, les coeurs sont endormis;
Rois, voyant ce sommeil, on se croit tout permis.
Ah! la tourbe est ignoble et l'élite est indigne.
De l'avilissement l'homme porte le signe.
L'air tiède et mou, le temps qui passe, la gaîté des chants, l'oubli des morts, tout est complicité;
Tous sont traître à tous, et la foule se rue
A traîner les vaincus par les pieds dans la rue.
Le silence est au fond de tout le bruit qu'on fait;
On est prêt à baiser Satan, s'il triomphait;
Le mal qui réussit devient digne d'estime;
L'applaudissement suit, la chaîne au cou, le crime,
Que la libre huée a d'abord précédé;"

*
"Vous avez l'orgueil bas ayant le coeur jaloux."

*
"Le maître est insensé de peser ce qu'il pèse,
Et, parce qu'on se tait, de croire qu'on s'apaise."

*
"Le prodige et le monstre ont les mêmes racines."

*
"Et, comme on est moins brave, on est plus furieux;"

*
"Dieux, vous ne savez pas ce que c'est que le monde;
Dieux, vous avez vaincu, vous n'avez pas compris."

*
"mais l'effort des fléaux
Pour faire le néant, ne fait que le chaos;"

*
"L'amour ouvrit la parenthèse,
Le mariage la ferma."

*
"L'exemple, c'est le fait dans sa gloire au repos,
Qui charge lentement les coeurs et recommence;"

*
"quand nous étouffons,
Dieu nous fait respirer par ces pensers profonds."

*
"Nous avons des tyrans parce que nous en sommes."

*
"Ce qu'on croit sans défense est défendu par l'ombre."

*
"La conscience humaine est engloutie au fond
D'un océan de honte où tout rampe et se fond,
Mer sombre et sans route frayée;
Ce gouffre écume et roule, et l'on voit par moment
Reparaître au milieu des flots confusément
Le cadavre de la noyée."

*
"Et que les fils d'Adam doivent se dire entre eux
Qu'il s'agit d'être juste et non pas d'être heureux."

*
"Poursuivre le réel, c'est chercher l'introuvable.
Le réel, ce fond vrai d'où sort toute la fable,
C'est la nature en fuite à jamais dans la nuit."

*
"Et l'homme ne veut point qu'on touche à sa terreur;
Il y tient; le calcul l'irrite; sa fureur
Contre quiconque cherche à l'éclairer, commence
Au point où la raison ressemble à la démence;
Alors il a beau jeu."

*
"un homme est fou du moment qu'il est seul.
On rit d'abord; le rire a fait plus d'un linceul;
Puis on s'indigne:..."

*
"L'homme osant n'être pas aveugle, est un impie!"

*
"Hélas! ayons des buts, mais n'ayons pas de cibles;
Quand nous visons un point de l'horizon humain,
Ayons la vie, et non la mort, dans notre main."

*
"Je sens en moi devant les supplices sans nombre,
Les bourreaux, les tyrans, grandir à chaque pas
Une indignation qui ne m'endurcit pas,
Car s'indigner de tout, c'est tout aimer en somme,
Et tout le genre humain est l'abîme de l'homme."

*
"Ami, ta vie est mansardée;
A ce petit ciel bas, plafond
De la volupté sans idée,
Les âmes se heurtent le front."

*
"Sur l'homme dans l'ignominie
Ils jetaient leur rude gaîté,
Sachant que c'est à l'ironie
Que commence la liberté."