06 juillet 2014

Victor Hugo. "L'art d'être grand-père". 1877. Extraits.

"Ne sentez-vous donc pas qu'ayant vu beaucoup d'hommes
On a besoin de fuir sous les arbres épais,
Et que toutes les soifs de vérité, de paix,
D'équité, de raison et de lumière, augmentent
Au fond d'une âme, après tant de choses qui mentent."

*
"Mon âme est ainsi faite que jamais ni l'idée,
Ni l'homme, quels qu'ils soient, ne l'ont intimidée;
Toujours mon coeur, qui n'a ni bible ni koran,
Dédaigna le sophiste et brava le tyran;
Je suis sans épouvante étant sans convoitise;
La peur ne m'éteint pas et l'honneur seul m'attise,
J'ai l'ankylose altière et lourde du rocher;
Il est fort malaisé de me faire marcher
Par désir en avant ou par crainte en arrière;
Je résiste à la force et cède à la prière,
Mais les biens d'ici-bas font sur moi peu d'effet;
Et je déclare, amis, que je suis satisfait,
Que mon ambition suprême est assouvie,
Que je me reconnais payé dans cette vie,
Et que les dieux cléments ont comblé tous mes voeux,
Tant que sur cette terre, où vraiment je ne veux
Ni socle olympien, ni colonne trajane,
On ne m'ôtera pas le sourire de Jeanne."

*
"Ne sentant pas de honte, il ne voit pas de faute."

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"Puisse-t-il voir s'éteindre en lui la clarté fausse,
Et sentir dans son coeur s'allumer le vrai feu,
Et croire moins au prêtre et croire plus à Dieu!"

*
"Jetons le masque. Eh bien: je tiens pour préjugés,
Oui, je tiens pour erreurs stupides les maximes
Qui veulent interdire aux grands aigles les cimes,
L'amour aux seins d'albâtre et la joie aux enfants.
Je vous trouve ennuyeux, assommants, étouffants.
Je ris quand nous enflons notre colère d'homme
Pour empêcher l'enfant de cueillir une pomme,
Et quand nous permettons un faux serment aux rois.
Défends moins tes pommiers et défends mieux tes droits,
Paysan."

*
"Les prêtres vont criant: Anathème! anathème!
Mais la nature dit de toutes parts: Je t'aime!"

*
"De notre conscience, - écoute ceci, prêtre, 
-Qu'elle ne comprend pas qu'un attentat puisse être,
Par quelqu'un qui serait juste, prémédité;
Oui, sans armes, n'ayant que cette nudité,
Le vrai, quand un éclair tombe mal sur la terre,
Quand un des coups obscurs qui sortent du mystère
Frappe à tâtons, et met les peuples en danger,
S'il lui plaisait d'aller là-haut l'interroger
Au milieu de cette ombre énorme qu'on vénère,
Tranquille, elle ferait bégayer le tonnerre."

*
"un pas qu'on fait, c'est un champ qu'on révèle,"

*
"La vieille barbarie humaine a l'habitude
De s'absoudre, et de croire, hélas, que ce qu'on veut,
Prêtre ou juge, on a droit de le faire, et qu'on peut,
Oter sa conscience en mettant une robe."