02 septembre 2014

Michèle Halberstadt. "L'incroyable histoire de Mademoiselle Paradis". 2011. Extraits.


"On peut excuser un mensonge, pardonner une tromperie. On ne peut pas regagner ce qui est perdu. La confiance n'est pas une plante qui se fane et qu'un peu d'eau permet de raviver. C'est un corps combustible que le doute enflamme et détruit, irrémédiablement."

"La docilité est pour les imbéciles qui aiment se soumettre."

"L'expérience d'une femme ne sert jamais à une autre. En amour, seule la souffrance est source d'enseignements. Il faut s'abandonner à la passion corps et âme, se brûler aux feux du désarroi, de la jalousie, de la déception, de l'amertume, puis s'isoler, soigner ses plaies et espérer s'y donner moins totalement, moins naïvement la fois suivante. La réalité de l'amour fait mûrir les coeurs tendres. Elle peut aussi détruire les âmes fragiles."

"Vous qui connaissez la vie sociale, dites-moi comment on se bat contre un ennemi qui n'a pas de visage."

"Elle avait fait savoir à sa mère, qui aurait voulu lui rendre visite, que l'émotion dans laquelle cette rencontre risquait de la plonger serait nuisible à sa santé. En réalité, elle n'avait aucune envie d'être confrontée à l'agitation de cette femme pour laquelle elle sentait peu d'affection, n'ayant aucun souvenir de tendresse maternelle."

"J'ai ouvert les yeux sur un monde dont je ne savais rien et qui chaque jour se révèle plus décevant. Il n'y a pas de place pour les âmes simples et naïves qui pensent qu'aimer leur prochain suffit à leur bonheur. Ni les arts ni l'amour ne font marcher le monde. L'ambition est le seul moteur. Grimper toujours plus haut, gagner en influence, voilà qui intéresse bien plus les gens que la façon dont s'élabore un concerto... (Elle prit les mains de Nina dans les siennes.) A toi je peux bien l'avouer, j'ai du mal à jouer du piano, car je dois m'habituer à ne pas regarder le clavier. Mais ce n'est pas la seule raison. J'ai perdu la foi que j'avais dans la musique. A travers elle, je pensais exprimer les émotions qu'un public pouvait partager. Entre les spectateurs et moi une conversation s'établissait le temps d'un concert. Eh bien, je n'y crois plus. Les gens écoutent et se laissent émouvoir sans doute, mais leur oreille est distraite par ce qui occupe leur cerveau et je crois qu'ils ne renvoient rien d'autre que leur vanité. Ils n'ont plus le temps d'être touchés par la musique, bien qu'elle seule ait le pouvoir d'élever les coeurs et les esprits. C'est ce qui me préoccupe désormais quand je joue. J'analyse froidement le monde, je ne l'idéalise plus. La musique ne me fait plus rêver. Depuis que je peux voir le monde, je fais des cauchemars."

"Comment lutter contre la perversité de la notoriété? Sans elle, personne ne s'intéresse à vous. Avec elle, vous êtes tellement célèbre qu'être célèbre fait oublier que vous avez d'abord été reconnu."