10 novembre 2014

Joyce Maynard. "Baby love". 1981. Extraits.


"Maintenant elle peut prétendre savoir ce qu'est une dépression nerveuse. Ce n'est pas un accident qui survient comme une crise cardiaque, ni quelque chose d'aussi spectaculairement tragique que de s'enfoncer lentement dans la mer pour s'y noyer. Dans son cas cela représente onze mois, assise sur son sofa à regarder des feuilletons débiles à la télé, à aller jusqu'à la ville en voiture tous les jours pour acheter des yaourts, des bananes, du fromage, des raisins secs, des revues de cinéma,  des disques de Dolly Parton, du Kahlúa, une machine à coudre de luxe dont elle ne saura jamais se servir, un métier à tisser, une caméra 35 millimètres, une bicyclette à dix vitesses, des pieds de bégonia et des plants de vigne. Elle achète des plantes sans arrêt, mais ne se décide jamais à les mettre en terre. Elles restent dans l'immense brouette, perdent lentement leurs feuilles, et meurent tôt ou tard. Ça la déprime de les voir ainsi tous les jours quand elle sort pour prendre la voiture. Alors elle finit par les emporter jusqu'à la décharge d'ordures, et elle va en racheter d'autres qui meurent à leur tour."

"Carla dit toujours: "Je n'aime pas prendre de risques." Greg, lui, pense qu'on en prend de toute façon. Il s'agit de faire son choix entre les dangers de l'action et les dangers de l'inaction."

"Elle trouve que, dans la vie, les gens qui font preuve de gentillesse et d'affection à votre égard ne sont jamais ceux auxquels vous portez le même genre d'intérêt. "