03 juin 2015

Michel Voiturier. "Allez les vers!" 1993. Extraits.


"... Si vous avez répondu VRAI à chacune des affirmations qui précèdent, vous avez été trop bien conditionné par une culture et un enseignement étrangers à la notion de créativité. Vous vous êtes laissé prendre au piège d'une idéologie qui, depuis des siècles, réserve l'écriture à quelques privilégiés. Situation permettant à ceux-ci de monopoliser le pouvoir de l'expression et de contraindre au silence une majorité involontairement complice."

"Comme l'explique Chantal Chawaf dans Les surfaces de l'orage: "Le grand problème, c'est la lisibilité mais la lisibilité qu'un écrivain doit travailler dans son écriture, ce n'est pas la lisibilité de ce qu'on a déjà dit et lu et qu'on connaît déjà et qui se limite à répéter ce que d'autres avant nous avaient découvert. Le problème c'est de rendre lisible ce qui n'a pas encore été dit, ce qui n'a pas encore été écrit, ces lieux de l'être qui n'ont pas encore été défrichés par le langage, par la pensée, par la création, c'est cette lisibilité de nos ténèbres qu'il faut réussir quand on écrit pour approfondir, pour amener la lumière à l'intérieur de notre vie qui, sinon, s'éteint dans la mort."

"Ecrire n'est jamais anodin. En poésie moins qu'ailleurs puisque l'anecdotique est gommé afin d'aller immédiatement à l'essentiel, à l'existentiel."

"La poésie est le journal d'un animal marin qui vit sur terre et voudrait voler." Carl Sandburg.

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"Vous me copierez deux cents fois le verbe:
Je n'écoute pas. Je bats la campagne.
Je bats la campagne. Tu bats la campagne.
Il bat la campagne à coups de bâton.
La campagne? pourquoi la battre?
Elle ne m'a jamais rien fait.
C'est ma seule amie, la campagne.
Je baye aux corneilles, je cours la campagne.
Il ne faut jamais battre la campagne:
On pourrait casser un nid avec ses œufs.
On pourrait briser un iris, une herbe,
On pourrait fêler le cristal de l'eau.
Je n'écouterai pas la leçon.
Je ne battrai pas la campagne."
Claude Roy. Enfantasques. 1972.

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"Se mettre en mots; se mettre au monde." Véra Feyder.

"Certes, la littérature (ou l'art en général) n'est pas révolution. Elle ne supprimera pas la faim dans le monde, les injustices sociales, les risques écologiques... Elle apporte néanmoins une forme particulière de réflexion sur le monde, réflexion qui se bâtit sur le langage."