22 août 2016

Doris Lessing. "Filles impertinentes". 1984-1986. Extraits.


"En revenant des tranchées, il avait éprouvé le même sentiment que tous les soldats de cette guerre: il se sentait trahi par les politiciens, qui lui avaient menti et n'avaient pas tenu leurs promesses, trahi par les civils, qui tenaient d'absurdes discours patriotiques sans avoir la moindre idée de ce qu'étaient les tranchées, trahi par les journaux chauvins et par l'armistice qui rendait inévitable une autre guerre. Il était stupide de traiter ainsi les Allemands, on aurait dû penser au long terme. Aucun "tommy" n'avait soif de vengeance. N'importe quel soldat anglais aurait pu montrer aux politiciens anglais leur bêtise. N'était-ce pas étrange? demanda mon père toute sa vie - ma mère l'approuvait à moitié, sentant qu'elle le devait même si sa nature se rebellait à cette idée. N'importe quelle personne ordinaire le voyait, mais pas les politiciens. Comment se fait-il que les gens ordinaires aient tellement plus de bon sens que les politiciens, alors que ces derniers devraient en avoir par profession?"

"Dotée d'une personnalité autoritaire, s'épanouissant dans une vie disciplinée, elle était capable d'obéir à des ordres aussi bien que d'en donner. Bien entendu, elle avait aussi les défauts de ce genre de personnalité: l'incapacité à se mettre à la place des gens différents d'elle, un certain mépris pour la faiblesse, une incapacité à comprendre ce qu'elle qualifiait de "malsain" - tout ce qui avait un rapport avec l'ambiguïté, l'esprit ou l'équivoque lui paraissait suspect ou menaçant."