lundi 25 décembre 2017

Honoré de Balzac. "Pierre Grassou". Nouvelle. 1839. Extrait.


"La pitié élève autant de médiocrités que l'envie rabaisse de grands artistes."

Honoré de Balzac. "Facino Cane". Nouvelle. 1837. Extraits.


"Chez moi l'observation était déjà devenue intuitive, elle pénétrait l'âme sans négliger le corps; ou plutôt elle saisissait si bien les détails extérieurs, qu'elle allait sur-le-champ au-delà;..."

dimanche 24 décembre 2017

Honoré de Balzac. "Maître Cornélius". Nouvelle. 1831. Extraits.


"Ses lèvres sardoniques, son menton pointu, capricieusement relevé, présentaient les signes caractéristiques d'un malicieux esprit, d'une sagacité froidement cruelle qui devait lui permettre de tout deviner, parce qu'il savait tout supposer."

dimanche 17 décembre 2017

Honoré de Balzac. "L'Auberge rouge". Nouvelle. 1831. Extraits.


"L'homme ne peut pas toujours mal faire. Aussi, même dans la société des pirates, doit-il se rencontrer quelques heures douces pendant lesquelles vous croyez être, dans leur sinistre vaisseau, comme sur une escarpolette."

"Le courage est un costume à prendre."

"Peu de gens ont le courage de produire un mal, même nécessaire; et bien des hommes se taisent ou pardonnent en haine du bruit, ou par peur d'un dénouement tragique."

vendredi 15 décembre 2017

Anne Perry. "Un Noël en Sicile". 2016. Extraits.


"Nous prenons la chose à la légère parce que l'idée est si effrayante que nous n'avons pas envie qu'elle soit vraie."

"Ce n'était pas un homme bien, dit-il. Et il est mort sans avoir eu l'occasion de devenir meilleur. C'est très triste, signor Latterly... En vérité, c'est peut-être l'ultime tragédie dans la vie d'un homme."

dimanche 26 novembre 2017

Alice Munro. "Pouvoirs". Nouvelle. 2004. Extraits.


"La route est aisée si l'on est assez sage pour ne pas s'encombrer de bagages."

"Ses enfants disent espérer qu'elle ne s'est pas mise à vivre dans le passé.
Mais ce qu'elle croit faire, ce qu'elle veut faire si elle trouve le temps de le faire, n'est pas tant vivre dans le passé que l'ouvrir afin de voir une bonne fois pour toutes ce qu'il a dans le ventre."

mardi 14 novembre 2017

Alice Munro. "Hasard". Nouvelle. 2004. Extraits.


"Je pense souvent à vous.
Je pense à vous souvent.
Ce n'est que le genre de choses qu'on dit quand on se veut consolant ou qu'on désire vaguement garder quelqu'un sous sa coupe."

"Juliet savait qu'aux yeux de bien des gens elle pouvait passer pour bizarre et solitaire - et d'ailleurs, en un sens, c'est ce qu'elle était. Mais elle avait aussi fait l'expérience, une bonne partie de sa vie, de se sentir entourée de gens qui souhaitaient accaparer son attention, son temps et son âme. Et, d'ordinaire, elle les laissait faire.
Sois accessible, sois amicale (d'autant plus que tu souffres d'un vrai déficit de popularité) - voilà ce qu'on apprenait dans une petite ville et aussi dans les pensionnats et à la fac. Sois accueillante à  quiconque souhaite te vampiriser, même à ceux qui n'ont pas la moindre idée de qui tu peux être."

"Il s'avance droit sur elle et elle se sent ravagée de haut en bas, inondée de soulagement, assaillie de bonheur. Que cela est donc étonnant. Que cela est proche du désarroi."

mercredi 8 novembre 2017

Jean Giono. "Un roi sans divertissement". 1947. Extraits.


"Evidemment, c'est un historien; il ne cache rien: il interprète."

"Il était cassant comme ceux qui ne sont vraiment pas obligés de vous expliquer le pourquoi et le comment; et ont autre chose à faire qu'à attendre que vous ayez compris."

"Méfiez-vous de la vérité, dit ce procureur (paraît-il), elle est vraie pour tout le monde."

"Celle qui sortit du Café de la route était, sans contestation possible, un ouvrier de premier ordre dans son métier de femme. Elles pouvaient toutes y venir, et les reines, et les archi-reines. Il y avait au moins dix ans qu'elle était parmi nous, il y avait au moins dix ans qu'on la voyait: énorme, avachie, et même avec un peu de barbe; et avec son âge bien compté (j'oubliais son âge parce que je pensais à elle telle qu'elle était quand elle nous apparut prête à monter dans le traîneau). Non pas qu'elle ait eu la bêtise de se déguiser en jeunesse; je parle de métier bien fait. Elle avait gardé son âge, elle avait gardé ses épaisses rondeurs; elle n'avait pas essayé de se corseter à la martyre ni de truquer quoi que ce soit. Elle avait simplement tiré profit de ce qu'elle avait. Ce qui est la marque des bons ouvriers. Et quel profit! Elle en était un tout petit peu goguenarde; et c'était bien, dans cette solidité, cette épaisseur, cette lourdeur, cette vieillesse, cette éperdue tendresse des yeux et de la main gantée. Naturellement, robe à éblouir: moires, jais, satins, dentelles, et même, malgré sa grosseur naturelle, un soupçon de tournure qui lui donnait un petit air faisane."

"A quoi se raccrocher quand il n'y a plus l'habitude?"

"La cruauté, voyez-vous, inspire."

"... le respect, ici, c'est de ne laisser d'illusions à personne."

mardi 31 octobre 2017

Joyce Carol Oates. "Nous étions les Mulvaney". 1996. Extraits.


(Walt Whitman) "Je me lègue à la terre pour pouvoir renaître de l'herbe que j'aime,..."

"Elle était née une vingtaine de kilomètres plus au sud, dans une petite ferme où le travail était incessant et où les saisons ne faisaient que se répéter à l'infini, sans jamais mériter le nom d'"histoire"."

"Comme les sarcasmes. Des courants d'air invisibles ballottant votre vie."

"Dans une famille, le non-dit est ce que l'on guette. Mais le bruit d'une famille consiste à le noyer."

"Les secrets! Petit, on a l'impression que le monde en est sillonné comme des ondes électromagnétiques, que c'est peut-être même eux qui tiennent l'ensemble. Mais on ne peut pas savoir. Pas pour de bon, comme disent les enfants. Et si l'on tombe par hasard sur un secret, c'est comme si l'on ouvrait une porte là où on ne pensait trouver qu'un mur. On peut regarder de l'autre côté; à condition d'en avoir le courage ou la témérité, on peut même franchir le seuil... en espérant que ce que l'on apprendra vaudra le prix à payer."

"Les souvenirs s'estompent, voilà le secret. Sinon, nous n'aurions pas le courage idiot de refaire encore et encore des choses qui nous déchirent."

"Etrange: quand une lumière s'éteint, c'est aussitôt comme si elle n'avait jamais existé. L'obscurité s'installe de nouveau, totale."

"Dans la nature, personne n'est coupable."

"Ceux qui ont vécu ensemble dans l'atmosphère passionnée de la vie familiale se connaissent à peine. La vie y est trop immédiate, en gros plan. C'est le paradoxe. Le côté déroutant. Exactement le contraire de ce à quoi l'on s'attendrait. Car bien sûr on ne pense jamais à ces relations, quand on les vit. Penser - réfléchir - suppose une dissociation, de la distance. La mémoire ne peut s'exercer qu'une fois éloignée de sa source."

"Une possibilité terrifiante vint à l'esprit de Patrick: notre vie n'est pas nôtre, elle appartient à d'autres, à nos parents. Elle est définie par les lubies, les caprices, les cruautés des autres. Cette toile génétique, les liens du sang. C'était la plus ancienne malédiction, plus ancienne que Dieu. "Suis-je aimé? Suis-je désiré? Qui voudra de moi, si mes parents me rejettent?"

"L'orgueil précède la chute."

"On peut juger de la santé d'une ferme à ses clôtures. Quand les choses commencent à aller mal, elles en sont les premiers indices."

"Ecoute, Judd, notre père n'est qu'une victime. Une de ces grenouilles dont une araignée d'eau géante suce la vie, sans qu'elles aient la moindre idée de ce qui se passe."

"Les avocats terrifiaient ma mère parce qu'elle comprenait qu'ils s'engraissaient du malheur d'autrui; c'était une fille de paysans, et elle ne pouvait tolérer une profession qui ne produit rien et ne fait que prendre."

"Elle ne savait pas ce qu'était le mal. Elle s'était privée de cette connaissance parce qu'elle pardonnait trop vite."

"Nous n'avons pas obtenu justice par les voies légales. Papa a essayé, et échoué. Parce que le système judiciaire n'est qu'une institution sociale, et qu'elle est inadéquate sur le plan moral. Elle a recours à un tiers, élevé au-dessus de la victime, du coupable et de leurs familles respectives, et approuvé par le peuple... l'Etat. L'Etat rend la justice. Mais qui est l'Etat? Rien que des gens. Des spécimens d'Homo sapiens. Et pourquoi ces spécimens devraient-îls être élevés au-dessus des autres? Pourquoi devrions-nous accorder à des inconnus une autorité morale supérieure à la nôtre?"

"Marianne percevait que ne pas avoir de famille en Amérique, c'est être privé non seulement de cette famille mais de tout un arsenal de matériaux allusifs aussi cohésif que des algues à la surface d'un étang."

"Ce qui ne vous brise pas peut vous être profitable... non?"

"... oh comment les gens supportaient-ils de vivre sans arbres?... on est si peu protégé du ciel."

"Dans la nature, disait Patrick, l'énergie ne se perd jamais, elle est simplement reconvertie, mais dans un cimetière on se pose des questions... toutes ces vies, tous ces gens, qui ont chacun pensé un jour "C'est moi, regardez-moi! Je suis quelque chose."

"Parce que rien de ce qui se passe entre des êtres humains n'est simple et qu'il est impossible de parler d'êtres humains sans les simplifier ou en donner une image déformée."

"Je dis: "C'est comme si le bonheur était un ballon, que ce ballon se trouve dans ma tête, qu'il n'arrête pas de gonfler et que j'aie horriblement peur de le voir éclater en ne me laissant dans les mains que des bouts de caoutchouc."
Patrick dit d'un air songeur: "Oui, c'est ça. J'ai exactement la même impression.
- La colère, le ressentiment... c'est plus facile, d'une certaine façon.
- Jusqu'à un certain point."

lundi 16 octobre 2017

Daphné Du Maurier. "Le Mont-Brûlé". 1943. Extraits.


"La nature travaille lentement, à son rythme, dit Katherine, et si l'on s'impatiente, elle se fâche."

vendredi 6 octobre 2017

Tom Sharpe. "Mêlée ouverte au Zoulouland." 1971. Extraits.


"... la norme est un concept. Ce n'est pas un état. Vous la confondez avec votre désir d'être conforme."

"- J'ai lu quelques-uns de vos articles.
- J'espère bien que vous n'avez pas suivi mes conseils. Je me suis follement amusée en réalisant les plus affreuses combinaisons de couleurs. Et tout le monde a suivi mes recommandations à la lettre. Je pense pouvoir dire honnêtement que j'ai rendu plus de maisons inhabitables que toutes les termites d'Afrique du Sud.
Le commandant van Heerden la fixa, abasourdi.
- Mais enfin, pourquoi avoir fait une chose pareille? demanda-t-il.
- Un sentiment de devoir moral, murmura miss Hazelstone. Mon frère consacrait sa vie à la diffusion de la lumière et de la bonté. Je n'ai fait que tenter de rétablir l'équilibre. Si les gens choisissaient de suivre mes conseils et posaient du papier peint marron à côté de rideaux oranges, de quel droit les aurais-je contrariés? A des gens qui pensent que d'avoir la peau rose rend civilisé, et que la peau noire fait d'un homme un sauvage, on peut faire tout avaler."

samedi 30 septembre 2017

Beatrice Masini. "L'aquarelliste". 2012. Extraits.


"Elle ne sait. Ne sait si c'est cela, l'amour: ce frottement d'étoffes, cette friction chaude et âpre, et ces doigts, des doigts partout, des mains qu'elle n'a pas apprises et qui s'aventurent où jamais une main étrangère ne s'est posée, une force, un effarement, vouloir et ne pas vouloir, ah, ici, et cela, où, quoi, pourquoi, et puis cette douleur, aiguë, déchirante, qui lui coupe le souffle et ne cesse pas, qui au contraire augmente, plus intense, plus insistante, une douleur sans pitié, une fouille de chair dans la chair, ah, non, pas comme ça, non, non, mais dire non est inutile et ne change rien, cependant qu'un autre elle-même, tranquille et posé, la regarde de très loin, les yeux pareils à deux lacs de compassion. Mais de la compassion pour quoi? Et si c'était vraiment cela? S'il fallait que ce fût cela? Elle ne sait pas, ne sait plus, et écoute encore la douleur qui s'imprime en elle, la cloue au mur, arrache de sa gorge un son dont elle ne veut pas, parce qu'il ne lui appartient pas: ce n'est pas une voix, ce n'est pas un rire et pas même un pleur, c'est un son horrible, de souffrance animale, animale et rien d'autre, et puis combien de temps cela va-t-il durer? Cela ne finira donc jamais? Et ensuite, quand enfin c'est fini, que les plis de sa robe retombent pour cacher sa blessure, cette question qui revient: c'est donc cela, l'amour? Cela, est-ce de l'amour?"

"En voyageant, elle est une autre: non celle qu'elle a toujours été, non celle qu'on attend et à qui l'on s'attend à l'arrivée. En suspens."

"Si tu crées, lui disait son père, ne t'arrête jamais sous prétexte qu'on te dit que le thé est servi."

"Comme toujours, donna Clara manifeste une tendance irrésistible à se placer au centre exact d'un cercle constitué du monde entier, un cercle dont son regard est le rayon et à l'entour duquel tout ce qui advient doit avoir un rapport avec elle, la faire briller, fût-ce d'une lumière réfléchie, et rebondir sur elle: une vague insolence consolidée par le rang social et par l'habitude."

"Désormais, elle a compris que dans cette maison, la vérité a tendance à surgir des fentes entre les rideaux et des vitres entrouvertes. Il suffit de le savoir. Somme toute, ce ne sont que des phrases malheureuses, d'importance minime. Mais douloureuses, comme ces petites blessures qu'on a dans la bouche et que la langue ne cesse d'irriter."

"Elle est comme une brodeuse qui travaille au coin d'une immense nappe: elle a sa surface à achever et la remplit de points qu'elle fait et défait, inlassable, sans savoir comment ce même motif pourra se multiplier et s'amplifier sur la toile destinée à draper une vaste toile."

"... la vie, en somme, va de l'avant, la vraie vie, celle qui ne brille ni n'étincelle, mais projette autour d'elle un rayonnement pâle et illusoire, comme la copie d'un bijou arboré par une dame qui garde l'original au coffre pour Dieu sait quelle occasion."

"Dommage qu'à y bien regarder cette grande différence soit au fond peu de chose; qu'elle ne soit pas contagieuse, et qu'on n'en puisse faire cadeau à autrui, bribe par bribe, comme le levain qui, d'une maison à l'autre, s'il est offert avec l'esprit qui convient, fait lever de la même façon des pâtes différentes. Mais quand on la possède, on la garde pour soi, cette faculté extraordinaire de changer les choses, de se changer soi-même; et quand on en est privé, alors on reste enchaîné, comme un chien qui ne connaît et n'aime que ce qu'il parvient à atteindre en tendant le cou. Elles sont jolies, les fêtes, si au matin nous sommes toutes des Cendrillons, prêtes à renfiler nos guenilles grises, armées de balais, pour nettoyer le monde des éclats des rêves avant qu'ils ne se fichent dans la plante des pieds, nous condamnant à une blessure à chaque pas."

"Tant qu'il s'attardera à l'ombre du grand chêne, il restera fragile comme un poussin."

"On doit trouver quelques avantages dans la candeur de la campagne, vous ne croyez pas? Elle nous invite à lui ressembler. A être ce que nous sommes."

"Peut-être est-elle sans défense, alors que l'autre est mieux armée; mais forte d'une simplicité et d'une droiture qui la font marcher quelques centimètres au-dessus de la fange: juste ce qu'il faut pour ne pas salir ne fût-ce que l'ourlet de sa robe."

"Maintenant que vous êtes allée à la Scala, on peut dire que vous êtes une Milanaise patentée, a plaisanté donna Clara le lendemain au déjeuner (...). Bianca a souri, pensant qu'elle n'a pas plus envie d'être milanaise que turcomane ou barbare, car elle possède son monde à elle et n'a aucun besoin d'emprunter celui d'autrui ni d'y être généreusement admise."

"Mais l'inspiration est partout quand l'âme est bien disposée."

"... la mémoire est si habile à recomposer les détails au bénéfice de l'utilité présente!"

"Est-il plus important de protéger son nid, de le défendre contre toutes les nouveautés et toutes les perturbations, ou de naviguer vers l'inconnu, en oubliant les liens qui, si puissants soient-ils, pèsent comme des ancres et accrochent à la vase?"

"... le printemps arrive toujours pour la première fois."

"L'erreur est de bercer ces sentiments comme une chose précieuse. L'erreur est de ne pas vivre la vie qu'on a sous prétexte qu'on aurait droit à une autre."

"Parfois, on perd le droit de dire non."

(Sénèque) "Souvent, le temps guérit les blessures que la raison ne sait pas soigner."

"Il fera comme ont toujours fait les nobles et les riches: ce qui lui plaît. Mais il y a aussi ceux qui ne peuvent choisir, et doivent faire comme ils peuvent."

"C'était si facile de croire tout savoir, de se sentir debout sur la pointe des pieds et au sommet du monde; puis, voilà que la bulle éclate: ce n'était pas le monde, c'était une illusion savonneuse pleine de couleurs aussi belles que fausses, et on tombe."

lundi 18 septembre 2017

Nadine Monfils. "Madame Edouard". 2012. Extraits.


"Tu sais, dit-elle au bout d'un moment, avoir le courage ou la folie d'être soi-même suffit parfois à tout détruire. Mais on ne peut bâtir sa vie sur le pire de tous les mensonges: celui qu'on se fait à soi-même."
"Je crois qu'il faut se méfier de ceux qui intellectualisent tout. Ceux-là passent à côté de la vie."
"Babelutte poussa un gros soupir et souleva ses pattes arrière, puis celles de devant. Les humains, il faut toujours leur prouver qu'on les aime! Sont compliqués."
"... les pessimistes n'ont jamais sauvé le monde."
"..., pour cacher la misère, l'humour est le plus noble des vêtements."

Doris Lessing. "Nouvelles de Londres - Le puits". 1987-1992. Extraits.


"On ne regrette pas ce qu'on n'a pas pu empêcher. Ou si on le fait, c'est une perte de temps."
"Quel pouvoir cette femme avait toujours eu! C'était la force de l'absence de scrupules, enracinée dans l'égoïsme, et issue de... la stupidité."
"Rose mentait comme elle respirait à propos d'absolument tout, mais pour elle c'était juste une question de survie, c'était ce qui l'avait sauvée, arrachée à cet horrible endroit qu'avait été son enfance."

Doris Lessing. "Nouvelles de Londres - Parmi les roses". 1987-1992. Extraits.


"Myra avait l'impression de s'être comportée pendant la moitié de sa vie comme si Shirley avait été un champ de mines qu'elle devait traverser en courant."

Maylis de Kérangal. "Réparer les vivants". 2014. Extraits.


"Elle se lève, un mouvement brusque, sa chaise bascule en arrière - fracas sur le sol -, mais elle ne se retourne pas, se tient debout face à lui, une main posée à plat sur la table assurant un appui à son corps chancelant, l'autre pendue le long du corps, ils se regardent une fraction de seconde, puis un pas et ils s'étreignent, une étreinte d'une force dingue, comme s'ils s'écrasaient l'un dans l'autre, têtes compressées à se fendre le crâne, épaules concassées sous la masse des thorax, bras douloureux à force de serrer, ils s'amalgament dans les écharpes, les vestes et les manteaux, le genre d'étreinte que l'on se donne pour faire rocher contre le cyclone, pour faire pierre avant de sauter dans le vide, un truc de fin du monde en tout cas quand, dans le même temps exactement, c'est aussi un geste qui les reconnecte l'un à l'autre - leurs lèvres se
touchent -, souligne et abolit leur distance, et quand ils se désincarcèrent, quand ils se relâchent enfin, ahuris, exténués, ils sont comme des naufragés."
"Sean et Marianne sont installés côte à côte dans le canapé, gauches, intrigués bien qu'ébranlés, et, sur une des chaises vermillon, Thomas Rémige, lui, s'est assis, le dossier médical de Simon Limbres tenu entre les mains. Cependant, ces trois individus ont beau partager le même espace, participer de la même durée, en cet instant, rien n'est plus éloigné sur cette planète que ces deux êtres dans la douleur et ce jeune homme venu se placer devant eux dans le but, - oui, dans le but - de recueillir leur consentement au prélèvement des organes de leur enfant. Il y a là un homme et une femme pris dans une onde de choc, à la fois projetés hors sol et renversés dans une temporalité disloquée - une continuité que brisait la mort de Simon mais une continuité qui, comme un canard sans tête courant dans une cour de ferme, continuait, une dinguerie -, une temporalité dont la douleur tissait la matière, un homme et une femme concentrant sur leurs deux têtes la pleine tragédie du monde, et il y a là ce jeune homme en blouse blanche, engagé et précautionneux, préparé à mener l'entretien sans brûler les étapes, mais qui a déclenché un compte à rebours dans un coin de son cerveau, conscient qu'un corps en état de mort encéphalique se dégrade, et qu'il faut faire vite - pris dans cette torsion."
"... il faut en passer par la brutalité de ces phrases dépliées comme des slogans sur des banderoles, il faut en passer par leur charge massive, leur matière contondante, les entretiens où traînasse l'ambiguïté sont des nasses de souffrance,..."
"... toute forme de connaissance contenait sa part de transgression,..."
"... Claire les considère dans un mélange d'impatience et de réticence - la matière même du sentiment qui la travaille depuis un an déjà, et l'autre nom de l'attente."

Tracy Chevalier. "A l'orée du verger". 2016. Extraits.


"La vie n'était souvent que la répétition des mêmes gestes dans un ordre différent, selon le jour qu'on était et l'endroit où on se trouvait."
"- Tu es allée vers l'est?
- Oui, j'ai dû d'abord aller vers l'est pour ensuite aller vers l'ouest te retrouver. Je sais que c'est bizarre, ajouta-t-elle alors que Robert secouait la tête, mais parfois c'est ce qu'il faut faire... revenir en arrière pour avancer."

jeudi 25 mai 2017

Elizabeth Gaskell. "Lady Ludlow". 1858. Extraits.

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"On est responsable de tout le mal qu'on n'essaie pas d'empêcher!"

"Ainsi, vous le voyez, il arrivait, sous prétexte de devoir, à adopter la même ligne de conduite qu'il avait d'abord choisie par intérêt. J'imagine que beaucoup d'entre nous, lorsqu'une certaine conduite leur est profitable, arrivent à se persuader qu'il existe des raisons qui leur en font un devoir."

"... cela aboutit à ce que je ne trouvai rien à dire, quand je m'assis pour écrire. Mais, quelquefois, quand je prends en mains un livre, je m'étonne de m'être laissée entraver par une si pauvre raison. Elle n'a pas arrêté les autres."

"... c'est une mauvaise tactique que de rappeler aux gens le point de vue bien arrêté qu'ils ont déjà examiné lorsqu'on entreprend précisément de le modifier."

"Il y a des moments où nous n'avons envie ni d'élever la voix, ni de nous quereller; nous nous détournons des choses terrestres, parce qu'un sentiment interne de respect envers la présence plus proche du monde invisible, nous fait envisager, avec calme et sérénité, les petits incidents de la vie."

dimanche 21 mai 2017

Honoré de Balzac. "Ursule Mirouët". 1841. Extraits.

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"C'est du choc des caractères et non de la lutte des idées que naissent les antipathies."

"Mais les poètes ne sont grands que parce qu'ils savent revêtir les faits ou les sentiments d'images éternellement vivantes."

"J'ai toujours remarqué de la grossièreté dans les flatteries de commande,..."

"Les sots recueillent plus d'avantages de leur faiblesse que les gens d'esprit n'en obtiennent de leur force. On regarde sans l'aider un grand homme luttant contre le sort, et l'on commandite un épicier qui fera faillite. Savez-vous pourquoi? On se croit supérieur en protégeant un imbécile, et l'on est fâché de n'être que l'égal d'un homme de génie."

mardi 9 mai 2017

Bahiyyih Nakhjavani. "La Femme qui lisait trop." 2007. Extraits.


"A quoi bon lire l'avenir, se demandait-elle, si l'on ne peut le maîtriser?

"Ne pouvant pas lire l'avenir, il gardait l'oeil fixé sur le passé afin de voir la route devant lui."

"Il est en général plus commode de répéter une vieille histoire que d'en inventer une nouvelle, mais même les mensonges les mieux racontés ont parfois la vue courte devant les longues vérités de l'éternité."

"Et comme il est toujours plus facile de se faire bien voir en dénigrant autrui, elle s'attaqua à la prisonnière à la fin du repas."

"Tandis que la poétesse commençait à leur raconter la vieille histoire de l'amour impossible entre ce qu'une femme aspire à faire et ce qu'elle réussit à accomplir, entre ce que l'âme souhaiterait dire et les mots dont elle dispose pour le dire. Tandis qu'elle leur expliquait que langage et mariage étaient des ponts, simplement, entre l'homme et la femme, entre la langue et l'oreille; que c'étaient les moyens grâce auxquels construire, dans lesquels abriter, sur lesquels élever de nouvelles significations à chaque génération. Quand un mariage était fidèle, il donnait naissance à la poésie, conclut-elle. Sinon, il devenait lettre morte d'un jour à l'autre."

"La seule véritable liberté s'acquérait en captivité, songeait-elle tout en nattant les dernières pauvres mèches. La seule émancipation consistait à survivre sous la contrainte."

"Nulle évasion n'était possible pour ceux qui se réfugiaient dans leur ignorance."

"... le seul endroit où fuir, c'était loin de la peur."

"Ne préférez-vous pas la vérité à votre orgueil?"

"Il est des cruautés qu'on ne peut mettre en paroles."

"La plupart des gens répétaient tout le temps les mêmes choses et c'était très ennuyeux; leurs paroles étaient comme des parentes pendant un chaud après-midi, geignantes et gémissantes, et se plaignant de la chaleur à la manière de vieilles femmes à un enterrement. Peu de gens osaient en utiliser de nouvelles: elles étaient comme des éclairs pendant un orage; elles faisaient peur."

"L'humour est la pire des hérésies au royaume de l'orgueil."

"La seule chose que les livres ne peuvent surmonter, c'est notre lâcheté collective."

mardi 18 avril 2017

George Eliot. "Middlemarch". 1871-1872, Extraits.


"La nature passionnément idéaliste de Thérèse exigeait une vie épique: que signifiaient pour elle les romans de chevalerie en plusieurs volumes et les conquêtes mondaines d'une brillante jeune fille? Sa flamme eût tôt fait de dévorer cet aliment léger; puis, nourrie de l'intérieur, cette flamme s'éleva à la poursuite de quelque satisfaction illimitée, de quelque objet qui jamais ne justifierait le découragement, qui permettrait de désespérer de soi tout en gardant la conscience extatique d'une vie au-delà de soi."

"... tous les hommes avaient besoin du frein de la religion, qui, à proprement parler, n'est autre chose que la crainte d'un au-delà."

"... sa soeur était trop pieuse pour permettre à la tranquillité de régner dans la famille. Ses notions et ses scrupules étaient comme des aiguilles renversées par terre, et faisaient qu'on n'osait pas marcher, ni s'asseoir, ni même manger."

"... quel croyant discerne une omission ou une maladresse inquiétante? Le texte, qu'il soit d'un prophète ou d'un poète, s'enrichit de tout ce que nous pouvons y mettre, et il n'est pas jusqu'aux fautes de grammaire qui ne deviennent sublimes."

"Les gens charitables ne distinguent pas le vinaigre du vin avant de l'avoir avalé et d'avoir attrapé la colique."

"Nous autres mortels des deux sexes, nous ravalons bien des déceptions entre le petit déjeuner et le dîner; nous refoulons nos larmes, nous avons le tour des lèvres un peu pâle, et en réponse aux questions nous disons: "Oh, ce n'est rien!" L'orgueil vient à notre aide; et l'orgueil n'est pas une mauvaise chose quand il se contente de nous pousser à cacher nos propres blessures - et non à blesser autrui."

"Mais un homme peut souhaiter faire les choses correctement, et n'en être pas moins une sorte de code sur parchemin."

"Brooke est un très brave homme, mais il est flasque; on peut le couler dans n'importe quel moule, mais il ne garde pas la forme."

"Après tout, certains êtres peuvent avoir réellement en eux une vocation qui n'est pas entièrement claire pour eux, n'est-il pas vrai? C'est peut-être parce qu'ils sont en cours de développement qu'ils paraissent désoeuvrés et faibles."

"... le génie ne consiste ni en vanité ni en humilité, mais en capacité de créer ou d'accomplir, non pas n'importe quoi en général, mais quelque chose de particulier."

"... en effet, tous tant que nous sommes, graves ou gais, nous laissons nos pensées s'empêtrer dans les métaphores, et accomplissons des actions irrévocables en nous fondant sur elles."

"... l'argent, c'est comme un bon oeuf; alors, si on a de l'argent à laisser après soi, il faut le déposer dans un nid douillet."

"La laideur a tout comme la beauté ses tentations et ses vices particuliers; elle est portée à feindre l'amabilité, ou, si elle ne la feint, à exhiber le mécontentement sous son aspect le plus repoussant; en tout cas, le fait d'être appelée laideron par contraste avec l'adorable créature en compagnie de qui on se trouve risque de produire un effet qui dépasse le sentiment de la noble véracité ou de la justesse de l'expression."

"Pour que quelqu'un me plaise il faut toujours un peu de bonté pour réchauffer l'atmosphère. Je ne suis pas assez magnanime pour trouver plaisants les êtres qui me parlent sans avoir l'air de me voir."

"Il n'est déjà pas facile pour un homme de suivre le fil de ses principes à travers les complications du monde; il l'est moins encore de rendre ce fil visible pour les insouciants et les railleurs."

"Car assurément tout le monde reconnaîtra qu'un homme peut être exalté et louangé, envié, ridiculisé, considéré comme un instrument et choisi comme objet d'amour ou du moins comme futur époux, tout en restant virtuellement inconnu, c'est-à-dire connu seulement en tant que faisceau de signes liés aux suppositions erronées de ses voisins."

"Nos passions ne vivent pas séparées dans des compartiments fermés à clé, mais, vêtues de leur petite garde-robe d'idées, apportent leurs provisions à la table commune où toutes mangent ensemble, et où chacune puise selon son appétit dans les réserves communes."

"Il faut être pauvre pour goûter le luxe de donner!"

"- Ne croyez-vous pas que les hommes s'exagèrent la nécessité de flatter la sottise de tout un chacun, tant et si bien qu'ils se font mépriser par les imbéciles mêmes qu'ils flattent?" dit Lydgate, qui se rapprocha de M. Farebrother et jeta un regard passablement distrait sur les insectes alignés selon une progression précise et dont le nom était inscrit avec un soin raffiné. "La méthode la plus expéditive consiste à faire sentir votre valeur, afin que les gens soient obligés de vous supporter, que vous les flattiez ou non.
- Tout à fait d'accord avec vous. Mais encore faut-il être sûr de posséder de la valeur, et préserver son indépendance. Bien peu d'hommes y parviennent. Ou bien on cesse complètement de servir et on devient un propre à rien, ou bien on reste dans les brancards et on tire surtout du côté où vous entraînent vos compagnons de joug."

"Je ne considère pas comme un devoir pour autrui ce qui m'avantage. Je m'oppose à Bulstrode de bien des manières. Je n'aime pas la clique à laquelle il appartient: ce sont des gens étroits et ignorants, qui font plus pour rendre la vie désagréable à leur prochain que pour le rendre meilleur. Leur système est une sorte d'esprit de chapelle mi-spirituel mi-intéressé; ils considèrent vraiment le reste de l'humanité comme une carcasse condamnée à leur servir de nourriture pour accéder au ciel."

"... il n'avait pas échappé à cette sous-estimation des possibilités à laquelle nous nous empressons un peu trop d'arriver à titre de conclusion d'un échec personnel."

"Si nous avions une vision et des sentiments pénétrants face à toute la vie humaine ordinaire, cela reviendrait à entendre pousser l'herbe et battre le coeur de l'écureuil, et nous péririons de ce tumulte qui existe au-delà du silence. En réalité, les plus alertes d'entre nous vont et viennent sous un épais rembourrage d'hébétude."

"Il existe une sorte de jalousie qui n'a pas besoin de grand-chose pour s'enflammer; ce n'est pas vraiment une passion, mais une sorte de flétrissure engendrée dans la morosité nuageuse et humide d'un égoïsme inquiet."

*
   "L'amour à lui-même ne se complaît
Ni ne se met en souci pour son compte,
C'est pour autrui qu'il perd ses aises
Et forge un ciel dans le désespoir de l'enfer.
*
L'amour cherche à se plaire à lui seul,
A soumettre l'autre à son plaisir,
Il se réjouit qu'autrui perde ses aises,
Et forge un enfer au mépris du ciel.
*
W. Blake
Chants de l'expérience"

"Mais les gens égoïstes estiment toujours leurs propres désagréments plus importants que tout au monde."

"Les fâcheux de la famille sont en général soit les beaux esprits, soit les imbéciles."

"... les gens se montraient tellement ridicules; ils se coiffaient sans s'en rendre compte de leurs bonnets d'âne et croyaient opaques leurs mensonges personnels alors que tous ceux d'autrui étaient transparents, comme si eux seuls gardaient le teint rose sous une lampe qui faisait paraître jaune le monde entier."

"... chez lui, comme chez nous tous, un sentiment d'irritation se mettait en quête de justifications plutôt que de connaissance de soi."

*
"Trois fois heureuse celle qui se sent tant assurée
En elle-même, et le coeur si ferme,
Qu'elle ne se laissera pas tenter par l'espoir d'un mieux
Ni ne craindra de risquer le pire au départ
Mais, comme un navire solide fend de sa marche puissante
Les flots déchaînés et tient bien droit sa route;
Dont nulle tempête ne le détourne jamais,
Non plus que les plaisirs trompeurs du plus beau temps.
Une telle assurance n'a point à craindre la méchanceté
D'ennemis rancuniers; non plus qu'à rechercher la faveur des amis;
Mais dans le maintien de son propre pouvoir robuste
Elle ne s'incline ni devant l'un ni devant l'autre.
Plus heureuse que toutes, celle qui possède cette assurance,
Mais plus heureux que tous celui qu'aime une telle femme.
*
Spenser"

"Or, quand la gratitude devient affaire de raisonnement, il existe bien des façons d'échapper à ses entraves."

"... mais son aveuglement à tout ce qui n'appartenait pas à ses irréprochables desseins personnels lui permettait de côtoyer saine et sauve des précipices que la vision eût rendus dangereux sous l'effet de la crainte."

"... ce cauchemar de vie où tout élan était paralysé par la crainte."

"Mais nous connaissons tous la définition d'un philanthrope par l'humoriste: un homme dont la charité augmente en proportion directe du carré de la distance."

"Les choses nous paraissent prodigieusement plus laides dès que nous subodorons qu'on nous blâme à leur propos. Il n'est pas jusqu'à notre propre corps aperçu dans la glace qui ne puisse changer d'aspect à nos yeux une fois que nous avons entendu une observation sans détour sur ses traits les moins admirables; en revanche, on s'étonne de voir avec quelle facilité la conscience s'accommode de nos abus aux dépens des gens qui ne se plaignent jamais et n'ont personne pour se plaindre à leur place."

"... il inclinait à se considérer comme extrêmement populaire (comme nous tendons tous à le faire, quand nous pensons davantage à notre amabilité personnelle qu'à l'attente que nous créons probablement chez les autres).

"Un mauvais travailleur, dans tous les métiers, incite à la méfiance vis-à-vis de ses compagnons."

"... l'âme de l'homme, quand elle se corrompt un peu, produit toutes sortes de champignons vénéneux, sans qu'un oeil quelconque puisse voir d'où est venue la semence."

"... nous entendons avec une netteté accrue ce que nous souhaitons que les autres n'entendent pas."

"Ne suffit-il pas d'une tache minuscule toute proche de notre vision pour effacer la splendeur du monde et nous laisser seulement une marge qui nous permet de voir la tache? Je ne connais pas de tache aussi perturbante que le moi."

"Quand une culture superficielle s'est-elle jamais dissociée du relâchement des moeurs?"

"Quand la formule banale "Nous devons tous mourir" se transforme soudain en conscience aiguë du fait que "Je dois mourir... et bientôt", la mort alors nous empoigne et ses doigts font mal;..."

"Dans ce monde de stupidité la plupart des gens ne pensent jamais qu'une chose vaille la peine d'être faite si elle n'est pas accomplie par leur propre parti."

"... est-il solitude plus solitaire que la méfiance?"

"Mais les oppositions disposent d'une gamme illimitée d'objections, qui ne sont jamais obligées de s'arrêter aux frontières du savoir et peuvent puiser indéfiniment dans les déserts de l'ignorance."

"Vous ne vous figurez pas que le public lit les journaux pour se convertir? Si c'était le cas, nous aurions un fameux brouet de sorcières: "Mélangez, mélangez, mélangez bien. Vous qui pouvez faire un mélange!... et personne ne saurait plus de quel côté se ranger."

"- Vous êtes tous les mêmes, vous autres journalistes politiques, Ladislaw... vous portez aux nues une mesure comme si elle constituait une panacée, et vous portez aux nues des hommes qui font partie du mal même qui demande un remède."

"Vous luttez contre la pourriture, mais il n'est pire pourriture que de faire croire aux gens qu'on peut guérir la société par une potion magique de politiciens."

"La seule conscience à laquelle se fier se trouve dans le sentiment massif d'injustice éprouvé par une classe sociale, et la sagesse efficace consistera à équilibrer les revendications contradictoires."

"... une ambition qui respirait mal sous la pression du doute de soi;..."

"Mais ce que nous appelons notre désespoir n'est souvent que l'ardeur douloureuse d'un espoir inassouvi."

"- Il n'y a pas d'homme plus méprisable à Middlemarch que Bowyer, dit Ladislaw avec indignation, mais tout se passe comme si les hommes méprisables devaient toujours faire pencher la balance."

"Mais combien peu nous savons ce qui constitue le paradis pour notre prochain! Nous jugeons selon nos désirs personnels et notre prochain pour sa part ne se montre pas toujours assez ouvert pour nous laisser le moins du monde soupçonner les siens."

"En effet la douleur, tout comme l'évaluation publique du déshonneur, dépend du volume des proclamations antérieures. Aux hommes qui visent seulement à échapper aux poursuites criminelles, seul le banc des accusés constitue le déshonneur."

"Si la jeunesse est la saison de l'espoir, ce n'est souvent le cas que dans la mesure où nos aînés nourrissent des espoirs à notre sujet; car nul âge n'est aussi porté que la jeunesse à considérer ses émotions, séparations et résolutions comme les dernières de leur espèce. Chaque crise paraît définitive, simplement parce qu'elle est nouvelle."

"... mais pour la plupart des mortels il existe une stupidité qui est intolérable et une autre qui est tout à fait acceptable... sinon, en vérité, que deviendraient les relations mondaines?"

"Néanmoins sa résignation se mêlait à un mécontentement de soi dont, si nous savons être sincères, bous devons avouer qu'il constitue plus de la moitié de notre amertume dans nos doléances, y compris celles de la vie conjugale. Il reste toujours vrai que si nous avions été plus grands, les circonstances auraient eu moins de force contre nous."

"- Que puis-je faire, moi, Tertius? demanda Rosamond, en se retournant vers lui. Cette petite phrase de cinq mots, comme tant d'autres dans toutes les langues, peut en en modifiant l'intonation exprimer tous les états d'esprit, depuis l'impuissance aveugle jusqu'à la complète lucidité raisonneuse, depuis la plus totale abnégation dans la solidarité jusqu'à la plus neutre des prises de distance."

"Cependant, les visions indécises de l'ambition manquent de force contre la facilité de faire des choses habituelles ou agréablement séduisantes; et nous connaissons tous la difficulté d'exécuter une résolution quand nous désirons en secret qu'elle puisse se révéler superflue. Dans un tel état d'esprit l'être le plus incrédule garde un penchant caché pour les miracles:..."

"Cependant un homme qui croit à autre chose qu'à sa propre cupidité possède nécessairement une conscience ou une norme à laquelle il s'adapte plus ou moins. La norme de Bulstrode avait été son utilité au service de la cause de Dieu: "Je suis pécheur, je suis nul... simple vaisseau à consacrer à l'usage... mais qu'on se serve de moi!" C'est dans ce moule qu'il avait contraint à se couler son immense besoin d'être quelqu'un d'important et de dominateur."

"Si un homme va un peu trop loin sur une route nouvelle, c'est en général à lui-même qu'il fait le plus de tort, non aux autres."

"Un homme sait-il quelle part de sa vie la plus intime est constituée par les pensées qu'il attribue à d'autres hommes sur con compte, jusqu'au jour où ce tissu d'opinions se trouve menacé de destruction?"

"Il est curieux de voir les zones de dureté et de tendresse qui coexistent dans le tempérament d'un même homme."

"Certaines espèces de boue servent à purifier."

"... rien ne vous coupe l'appétit comme un bonhomme qui arrive à se rendre désagréable avec sa religion, en donnant à entendre qu'il ne se contente pas des Dix Commandements, alors que pendant tout ce temps-là il est pire que la moitié des condamnés du moulin de discipline?"

"... le caractère n'est pas taillé dans le marbre... n'est pas quelque chose de solide et d'inaltérable. C'est quelque chose de vivant, de changeant, qui peut contracter une maladie tout comme nos corps."

"Les dogmes ouvrent la porte à l'erreur, mais le souffle même de la science réside dans la lutte contre l'erreur, et doit maintenir en vie la conscience."

"... la bienveillance s'affairait à déterminer ce qu'il conviendrait à cette femme de ressentir et de faire en ces circonstances;..."

"Les hommes et les femmes font de fâcheuses erreurs quant à leurs propres symptômes; ils prennent leurs vagues inspirations inquiètes, tantôt pour du génie, tantôt pour une religion, mais le plus souvent pour un amour puissant."

"Il n'existe aucune certitude que des natures, même inflexibles ou singulières, résisteront toujours à l'influence d'un être plus puissant qu'elles. Elles peuvent se trouver prises d'assaut et momentanément converties, devenant une partie de l'âme qui les enveloppe de l'ardeur de son élan."

"Les natures superficielles rêvent d'exercer aisément leur empire sur les émotions d'autrui, et se fient complètement à leur propre petite magie pour détourner les cours d'eau les plus profonds, car elles se croient assurées, par la grâce de leurs gestes et de leurs propos, de faire que ce qui n'existe pas ait l'air d'exister. Elle savait que Will avait reçu un coup sévère, mais ne s'était guère accoutumée à imaginer l'état d'esprit d'autrui, sinon comme un tissu dans lequel ses souhaits personnels taillaient à sa guise; elle croyait posséder le pouvoir d'apaiser ou de faire céder."

"Rosamond, drapant son châle autour d'elle quand elle s'avança vers Dorothea, drapait intérieurement son âme de froide réserve."

"Pourtant il fallait mettre au pas son esprit vagabond; il existe un art de l'autodiscipline; elle fit plusieurs fois le tour de la bibliothèque aux murs sombres en se demandant par quelle manoeuvre elle pourrait fixer ses pensées baladeuses. Peut-être le meilleur moyen consistait-il à entreprendre une tâche simple, quelque chose qui exigerait une attention soutenue."

"La sévérité est quelque chose de parfait, mais bien moins difficile quand vous avez quelqu'un pour la pratiquer à votre place."

"- Mon cher, nous avons un peu tendance à considérer comme une mauvaise action celle qui nous déplaît, déclara posément le recteur. Comme beaucoup d'hommes qui prennent la vie du bon côté, il avait le talent de décocher parfois une vérité bien sentie à ceux qui se croyaient saisis d'une sainte colère."

"Toute limite est un commencement en même temps qu'une fin."

mardi 28 février 2017

Elena Ferrante. "Celle qui fuit et celle qui reste". 2013. Extraits.


"... ce n'est pas notre quartier qui est malade, ce n'est pas Naples, c'est le globe terrestre tout entier c'est l'Univers, ce sont les univers! Le seul talent consiste à cacher et à se cacher le véritable état des choses."

"... le moindre choix a son histoire, et beaucoup d'événements de notre existence restent tapis dans un coin en attendant le moment de surgir, et ce moment finit par arriver."

"Voilà, c'est comme ça, dans l'usine où je bosse. Le syndicat n'y a jamais mis les pieds, et les ouvriers ne sont rien d'autre que de pauvres gens soumis au chantage et à la loi du patron: je te paye, alors je te possède et je possède ta vie, ta famille et tout ce qui te concerne. Et si tu ne fais pas ce que je te dis, je te détruis."

"Les hommes, il fallait donc tout leur cacher! Ils préféraient ne pas savoir et choisissaient de croire que, par miracle, ce qui se pratiquait chez leur patron n'arrivait pas à la femme à laquelle ils tenaient et qu'ils avaient le devoir de protéger - car tel était le principe avec lequel ils avaient grandi -, y compris au risque de se faire tuer."

"Tous se connaissaient depuis longtemps, savaient qu'ils étaient des victimes consentantes et n'avaient pas le moindre doute sur qui avait balancé: cela ne pouvait être qu'elle, la seule qui se fut immédiatement comportée comme si la nécessité de trimer ne coïncidait pas avec l'obligation de se faire humilier."

"- Qui ne dit mot consent.
- Non, fit-elle: qui ne dit mot chie dans son froc."

"Elle me dit que le visage répugnant du monde ne suffisait pas pour écrire un roman: sans imagination, cela ne ressemblait pas à un véritable visage, mais seulement à un masque."

"Décider, ça veut dire faire du mal."

"Au petit déjeuner et au dîner, l'hôte adressa au maître de maison un crescendo de propos moqueurs, à la limite de l'impolitesse: le genre de phrases qui humilient mais sous une apparence amicale, sourire aux lèvres, de sorte que l'autre ne peut se rebeller sans passer pour quelqu'un de susceptible."

"Comme d'habitude, elle croyait pouvoir entrer et sortir de ma vie sans se soucier de rien, comme si nous n'étions qu'une seule et même chose et qu'il ne fût pas nécessaire de demander "comment ça va, qu'est-ce qu'il y a de neuf, je te dérange?"

mardi 21 février 2017

Elena Ferrante. "Le nouveau nom". 2012. Extraits.


"Elle l'aimait, elle l'aimait comme aiment les filles des romans-photos. Toute sa vie, elle lui sacrifierait ses qualités et lui ne se rendrait même pas compte de ce sacrifice, il vivrait parmi les trésors de sentiment, d'intelligence et d'imagination qui la caractérisaient sans savoir qu'en faire, il allait la gâcher!"

"Etait-il possible que les parents ne meurent jamais et que chaque enfant les couve en soi, de manière inéluctable?"

"Il faut peu de temps à une conviction fragile pour faiblir et finir par céder."

"Ce fut un moment terrible, j'éprouvai l'horreur et la jouissance de me perdre, l'effroi et la fierté de dérailler."

"Nous avions grandi en pensant qu'un étranger ne devait pas même nous effleurer alors qu'un parent, un fiancé ou un mari pouvaient nous donner des claques quand ils le voulaient, par amour, pour nous éduquer ou nous rééduquer."

"Peut-être devrais-je lui dire que les choses qui n'ont pas de sens sont les plus belles."

"Dans l'inégalité il y avait quelque chose de beaucoup plus pervers, et maintenant je le savais. Quelque chose qui agissait en profondeur et allait chercher bien au-delà de l'argent. Ni la caisse des deux épiceries ni même celle de la fabrique ou du magasin de chaussures ne suffisaient à dissimuler notre origine. Et quand bien même Lila prendrait dans le tiroir-caisse encore plus d'argent qu'elle n'en prenait déjà, quand bien même elle en prendrait des millions, trente ou même cinquante, elle n'y arriverait toujours pas. Ca, moi je l'avais compris, et il y avait donc enfin quelque chose que je savais mieux qu'elle: je ne l'avais pas appris dans ces rues mais devant le lycée, en regardant la jeune fille qui venait chercher Nino. Elle nous était supérieure, comme ça, sans le vouloir. Et c'est ce qui était insupportable."

"Toute la vie, on aime des gens qu'on ne connaît jamais vraiment."

"Parfois, nous nous servons d'expressions absurdes et affichons des poses ridicules afin de dissimuler des sentiments pourtant simples."

"Je les aimais tous les deux et, de ce fait, je n'arrivais pas à m'aimer moi-même, à me sentir moi-même et à m'agripper à un besoin de vie à moi qui aurait la même force que le leur; sourd et aveugle."

"J'ai changé non pas en apparence, mais en profondeur. Les apparences suivront bientôt, et ce ne seront pas que des apparences."

jeudi 9 février 2017

Elena Ferrante. "L'amie prodigieuse". 2011. Extraits.


"... le bien et le mal sont mêlés et ils se renforcent l'un l'autre."

"Puis le temps passa, Marcello et Michele s'achetèrent une Giulietta verte et recommencèrent à faire les patrons du quartier. En pleine forme et encore plus despotiques qu'avant. Signe que Lila avait peut-être raison: les gens de cette espèce il faut les combattre en s'inventant une vie supérieure, telle qu'ils ne sont même pas capables de l'imaginer."

"Je me débattais pour échapper à une sorte d'obscurcissement de mon cerveau et à une douloureuse chute de tension, mais je n'y arrivais pas. Je découvris que j'avais considéré la publication de ces quelques lignes et ma signature imprimée comme le signe que j'avais réellement un destin, que la fatigue des études amenait vraiment quelque part, très haut, et que Mme Oliviero avait eu raison  de me pousser et d'abandonner Lila. "Tu sais ce que c'est, la plèbe? - Oui, madame." Ce que c'était, la plèbe, je le sus à ce moment-là, beaucoup plus clairement que quand Mme Oliviero me l'avait demandé des années auparavant. La plèbe, c'était nous. La plèbe, c'étaient ces disputes pour la nourriture et le vin, cet énervement contre ceux qui étaient mieux servis et en premier, ce sol crasseux sur lequel les serveurs passaient et repassaient et ces toasts de plus en plus vulgaires. La plèbe c'était ma mère, elle avait bu et maintenant se laissait aller, le dos contre l'épaule de mon père qui restait sérieux, et elle riait bouche grande ouverte aux allusions sexuelles du commerçant en ferraille. Tout le monde riait et Lila aussi, elle semblait avoir un rôle à jouer et vouloir le jouer jusqu'au bout."

dimanche 8 janvier 2017

P.G. Wodehouse. "Tous cambrioleurs". 1923. Extraits.


"Comme la loi de compensation de la nature est merveilleuse, quand on y réfléchit bien! Au lieu de perdre notre temps à envier ceux qui nous sont intellectuellement supérieurs, nous ferions mieux de réfléchir que ces dons sont toujours compensés par quelque inconvénient."

"Un des désavantages d'être un homme d'action, imperméable aux émotions poétiques, c'est qu'en ces moments d'épreuve les beautés de la nature sont impuissantes à calmer le coeur angoissé. Si Baxter avait eu un tempérament sensible et rêveur, il aurait pu trouver un apaisement dans la douceur du paysage."