09 février 2017

Elena Ferrante. "L'amie prodigieuse". 2011. Extraits.


"... le bien et le mal sont mêlés et ils se renforcent l'un l'autre."

"Puis le temps passa, Marcello et Michele s'achetèrent une Giulietta verte et recommencèrent à faire les patrons du quartier. En pleine forme et encore plus despotiques qu'avant. Signe que Lila avait peut-être raison: les gens de cette espèce il faut les combattre en s'inventant une vie supérieure, telle qu'ils ne sont même pas capables de l'imaginer."

"Je me débattais pour échapper à une sorte d'obscurcissement de mon cerveau et à une douloureuse chute de tension, mais je n'y arrivais pas. Je découvris que j'avais considéré la publication de ces quelques lignes et ma signature imprimée comme le signe que j'avais réellement un destin, que la fatigue des études amenait vraiment quelque part, très haut, et que Mme Oliviero avait eu raison  de me pousser et d'abandonner Lila. "Tu sais ce que c'est, la plèbe? - Oui, madame." Ce que c'était, la plèbe, je le sus à ce moment-là, beaucoup plus clairement que quand Mme Oliviero me l'avait demandé des années auparavant. La plèbe, c'était nous. La plèbe, c'étaient ces disputes pour la nourriture et le vin, cet énervement contre ceux qui étaient mieux servis et en premier, ce sol crasseux sur lequel les serveurs passaient et repassaient et ces toasts de plus en plus vulgaires. La plèbe c'était ma mère, elle avait bu et maintenant se laissait aller, le dos contre l'épaule de mon père qui restait sérieux, et elle riait bouche grande ouverte aux allusions sexuelles du commerçant en ferraille. Tout le monde riait et Lila aussi, elle semblait avoir un rôle à jouer et vouloir le jouer jusqu'au bout."