08 novembre 2017

Jean Giono. "Un roi sans divertissement". 1947. Extraits.


"Evidemment, c'est un historien; il ne cache rien: il interprète."

"Il était cassant comme ceux qui ne sont vraiment pas obligés de vous expliquer le pourquoi et le comment; et ont autre chose à faire qu'à attendre que vous ayez compris."

"Méfiez-vous de la vérité, dit ce procureur (paraît-il), elle est vraie pour tout le monde."

"Celle qui sortit du Café de la route était, sans contestation possible, un ouvrier de premier ordre dans son métier de femme. Elles pouvaient toutes y venir, et les reines, et les archi-reines. Il y avait au moins dix ans qu'elle était parmi nous, il y avait au moins dix ans qu'on la voyait: énorme, avachie, et même avec un peu de barbe; et avec son âge bien compté (j'oubliais son âge parce que je pensais à elle telle qu'elle était quand elle nous apparut prête à monter dans le traîneau). Non pas qu'elle ait eu la bêtise de se déguiser en jeunesse; je parle de métier bien fait. Elle avait gardé son âge, elle avait gardé ses épaisses rondeurs; elle n'avait pas essayé de se corseter à la martyre ni de truquer quoi que ce soit. Elle avait simplement tiré profit de ce qu'elle avait. Ce qui est la marque des bons ouvriers. Et quel profit! Elle en était un tout petit peu goguenarde; et c'était bien, dans cette solidité, cette épaisseur, cette lourdeur, cette vieillesse, cette éperdue tendresse des yeux et de la main gantée. Naturellement, robe à éblouir: moires, jais, satins, dentelles, et même, malgré sa grosseur naturelle, un soupçon de tournure qui lui donnait un petit air faisane."

"A quoi se raccrocher quand il n'y a plus l'habitude?"

"La cruauté, voyez-vous, inspire."

"... le respect, ici, c'est de ne laisser d'illusions à personne."