samedi 20 janvier 2018

George Orwell. '1984". 1949. Extraits.


"... l'habitude devient instinct."

"Ce n'était pas en se faisant entendre, mais en conservant son équilibre que l'on portait plus loin l'héritage humain."

"Le souvenir de sa mère le déchirait parce qu'elle était morte en l'aimant, alors qu'il était trop jeune et trop égoïste pour l'aimer en retour. C'était aussi parce qu'elle s'était sacrifiée, il ne se rappelait plus comment, à une conception, personnelle et inaltérable, de la loyauté. Il se rendait compte que de telles choses ne pouvaient plus se produire. Aujourd'hui, il y avait de la peur, de la haine, de la souffrance, mais il n'y avait aucune dignité dans l'émotion. Il n'y avait aucune profondeur, aucune complexité dans les tristesses." 

"Lorsque quelqu'un n'a pas de points de repère extérieurs à quoi se référer, le tracé même de sa propre vie perd de sa netteté. Il se souvient d'événements importants qui n'ont probablement pas eu lieu, il retrouve le détail d'incidents dont il ne peut recréer l'atmosphère, et il y a de longues périodes vides à quoi rien ne se rapporte."

"On avait toujours dans l'estomac et dans la peau une sorte de protestation, la sensation qu'on avait été dupé, dépossédé de quelque chose à quoi on avait droit."

"Le pire ennemi, réfléchit-il, est le système nerveux. A n'importe quel moment, la tension intérieure peut se manifester par quelque symptôme visible."

"Ils ne se révolteront que lorsqu'ils seront devenus conscients et ils ne pourront devenir conscients qu'après s'être révoltés."

"Tout se perdait dans le brouillard. Le passé était raturé, la rature oubliée et le mensonge devenait vérité."

"Il pensa qu'aux moments de crise, ce n'est pas contre un ennemi extérieur qu'on lutte, mais toujours contre son propre corps."

"Ils ne se révoltaient pas contre son autorité, mais, simplement, l'évitaient, comme un lapin se soustrait à la poursuite d'un chien."

"Au jeu que nous jouons, nous ne pouvons gagner, mais il y a des genres d'échec qui valent mieux que d'autres, rien de plus."

"S'accrocher jour après jour, semaine après semaine, pour prolonger un présent qui n'avait pas de futur, était un instinct qu'on ne pouvait vaincre, comme on ne peut empêcher les poumons d'aspirer l'air tant qu'il y a de l'air à respirer."

"Dans un sens, c'est sur les gens incapables de la comprendre que la vision du monde qu'avait le Parti s'imposait avec le plus de succès. On pouvait leur faire accepter les violations les plus flagrantes de la réalité parce qu'ils ne saisissaient jamais entièrement l'énormité de ce qui leur était demandé et n'étaient pas suffisamment intéressés par les événements publics pour remarquer ce qui se passait. Par manque de compréhension, ils restaient sains. Ils avalaient simplement tout, et ce qu'ils avalaient ne leur faisait aucun mal, car cela ne laissait en eux aucun résidu, exactement comme un grain de blé, qui passe dans le corps d'un oiseau sans être digéré."

"La fin était impliquée dans le commencement."

"Il aurait aimé continuer à parler de sa mère. D'après ce qu'il pouvait s'en rappeler, il ne pensait pas qu'elle eût été une femme extraordinaire, encore moins une femme intelligente. Elle possédait cependant une sorte de noblesse, de pureté, simplement parce que les règles auxquelles elle obéissait lui étaient personnelles. Ses sentiments lui étaient propres et ne pouvaient être changés de l'extérieur. Elle n'aurait pas pensé qu'une action inefficace est, par là, dépourvue de signification. Quand on aimait, on aimait, et quand on n'avait rien d'autre à donner, on donnait son amour."

"Il y avait la vérité, il y avait le mensonge, et si l'on s'accrochait à la vérité, même contre le monde entier, on n'était pas fou."

"Pour la première fois de sa vie, il comprit que lorsque l'on désirait garder un secret on devait aussi se le cacher à soi-même. On doit savoir qu'il est toujours là, mais il ne faut pas, tant que ce n'est pas nécessaire, le laisser émerger dans la conscience sous une forme identifiable."

jeudi 11 janvier 2018

Anne Brontë. "La Dame du manoir de Wildfell Hall". 1848. Extraits.


"Je n'aime pas les relations encombrantes, mais si j'ai ici quelques amis, je suis toujours heureuse de les voir de temps à autre. Personne ne peut être heureux dans une solitude absolue."

"... lorsqu'on a très longtemps tenu les yeux fixés sur un objet, on devient incapable de s'en faire une idée personnelle, on ne peut plus se fier à ce que l'on voit."

"Je déteste parler lorsque ni sentiments ni idées ne sont échangés, lorsque personne ne peut retirer le moindre profit d'un tel échange."

"On peut lire au fond du coeur d'un être humain, on peut découvrir la grandeur, la profondeur d'une âme en soixante minutes comme on peut mettre toute une vie à découvrir une âme si un être humain décide de cacher ses sentiments ou si l'on n'est pas assez compréhensif."

"Surveille tes yeux et tes oreilles, car ce sont les portes de ton coeur;..."

"... s'il ne se montre jamais capable de prendre la vie au sérieux, que ferai-je de ce qu'il y a de grave en moi?"

"... que les idées généreuses de la jeunesse soient souvent réduites à rien par la réalité sordide ne prouve pas encore que ces idées soient fausses."

"- Mais pourquoi te plaindre si tu n'es pas fatigué et mécontent?
- Pour excuser mes propres défauts, sans doute. Crois-tu que je vais porter tout le poids de mes propres péchés sur mes épaules alors que tu es toute disposée à les porter pour moi?"

"Mais je dois me souvenir que ce n'est pas moi qui suis coupable; je n'ai rien à craindre; s'ils se moquent de leur victime, je puis avoir pitié de leur folie et mépriser leur moquerie."

"Le pardon ne s'achète pas aussi facilement; je ne puis accorder mon estime qu'à ceux qui le méritent."

"Les secrets du coeur doivent rester cachés;..."

"J'ai vu deux fois Esther Hargrave. C'est une charmante enfant, mais sa mère est presque parvenue à éteindre sa gaieté et son charmant caractère en lui reprochant sans cesse de ne pas avoir accepté le prétendant choisi pour elle... Ce n'est pas une persécution violente, mais une guerre d'usure aussi rongeante que la chute perpétuelle d'une goutte d'eau toujours à la même place. Cette mère dénaturée semble bien décidée à rendre la vie impossible à sa fille si elle refuse d'obéir.
- Maman fait tout ce qu'elle peut pour que je me sente de trop chez nous, je dois être la fille la plus ingrate et la plus égoïste du monde; Walter lui-même est si froid et si distant que j'ai parfois l'impression qu'il me hait. Je crois que j'aurais cédé tout de suite si j'avais su ce que m'apporterait ma résistance, mais maintenant je tiens bon, par pure obstination."