10 avril 2018

François Jost. "La méchanceté en actes à l'ère numérique". 2018. Extraits.



(N°1 d'Hara-Kiri, 1960) "Aujourd'hui l'ignorance n'est plus causée par le manque de moyens d'information. C'est, au contraire, la surabondance des textes (lus ou écoutés) ineptes, mensongers ou futiles qui plonge l'homme du XXème siècle dans une nuit plus profonde que celle où stagnait le manant illettré du Moyen-Age."

(Prévert) "Quand vous citez un texte con, n'oubliez pas le contexte."

"Ce qui rend l'humour noir choquant, c'est sans doute qu'il partage certaines de ses cibles avec les persécuteurs. Cependant ce qui l'en distingue, c'est l'intention: il ne s'agit pas de faire du mal à quelqu'un, mais de cerner le mal qui est en nous."

"Pour Flahault, la méchanceté n'est donc pas de faire passer l'amour de soi avant la loi morale, ce n'est pas l'égoïsme où on la confine souvent, c'est plus que cela: c'est s'en prendre à l'autre. Ma propre finitude, et, le cas échéant, mon sentiment d'inexistence me pousse à percevoir tel ou tel autre comme quelqu'un qui existe à ma place et que, par conséquent, je hais, j'envie, je jalouse. Si l'on ajoute que la méchanceté trouve sa source dans un désir de toute-puissance, on comprend que le dispositif de la télé-réalité, tel qu'il fut introduit en 2001, est un terreau favorable à l'expression de la méchanceté. Le fait de pouvoir éliminer, exclure, dit-on dans un premier temps, un candidat, sur le seul motif qu'il a l'air heureux ou qu'il passe à la télévision où le téléspectateur voudrait être aussi, lui donne l'illusion fugitive d'échapper à sa limitation en agissant sur l'autre."

"Comment être soi-même quand seule l'apparence compte?"

"Jamais la célèbre formule de Sartre - "L'enfer, c'est les autres" - n'aura été plus vraie que dans ce monde médiatique. Encore faut-il l'entendre comme le philosophe:
"On a cru que je voulais dire par là que nos rapports avec les autres étaient toujours empoisonnés, que c'était toujours des rapports infernaux. Or, c'est tout autre chose que je veux dire. Je veux dire que si les rapports avec autrui sont tordus, viciés, alors l'autre ne peut être que l'enfer. Pourquoi? Parce que les autres sont, au fond, ce qu'il y a de plus important en nous-mêmes, pour notre propre connaissance de nous-mêmes. Quand nous pensons sur nous, quand nous essayons de nous connaître, au fond nous usons des connaissances que les autres ont déjà sur nous, nous nous jugeons avec les moyens que les autres ont, nous ont donné, de nous juger. Quoi que je dise sur moi, toujours le jugement d'autrui entre dedans. Quoi que je sente de moi, le jugement d'autrui entre dedans. Ce qui veut dire que, si mes rapports sont mauvais, je me mets dans la totale dépendance d'autrui et alors, en effet, je suis en enfer. Et il existe une quantité de gens dans le monde qui sont en enfer parce qu'ils dépendent trop du jugement d'autrui. Mais cela ne veut nullement dire qu'on ne puisse avoir d'autres rapports avec les autres, ça marque simplement l'importance capitale de tous les autres pour chacun de nous."

(Montesquieu) "Ne sentirons-nous jamais que le ridicule des autres?"

"... la haine suppose un accent mis sur l'ego..."