14 décembre 2019

Christian Bobin. "Un bruit de balançoire". 2017. Extraits.


"... il est vital aujourd'hui de prendre le contrepied des tambours modernes: désenchantement, raillerie, nihilisme. Ce qui nous sauvera - si quelque chose doit nous sauver - c'est la simplicité inouïe d'une parole."

"Les livres sont des âmes, les librairies des points d'eau dans le désert du monde."

"Dans un monastère zen chaque moine, à la fin du repas, laisse quelques grains de riz dans son assiette pour les oiseaux. L'écriture est ce geste."

"Je ne crois pas à ce qu'on me dit. Je crois à la façon dont on me le dit."

"La vie écrit au crayon. La mort passe la gomme. Le poème se souvient. Personne n'a meilleure mémoire qu'un poème."

"L'écriture doit venir nous chercher où nous sommes, nous sortir de la tombe de nos vies, faire revenir dans nos veines le sang vieil or de l'amour."

"Nos projets sont un labyrinthe de verre avec des traces de doigts sur les portes: le palais des glaces à la foire. Nous n'y entrons que pour chercher la sortie."

"J'ai toujours su que quelque chose manquait à la vie. J'ai adoré ce manque. Le printemps rouge des hortensias, le livre bleu des neiges, le miracle de l'arc-en-ciel, les chansons en or de quatre sous, j'accepte que tout disparaisse puisque tout reviendra. J'accepte de tout perdre et que, dans le temps passager de cette perte, le nid d'hirondelle que j'ai dans la poitrine soit vide, vide, vide, féeriquement vide et appelant."

"Bien sûr la vie se moque de nos goûts. Elle dresse la liste de tout ce que nous n'aimons pas et elle en fait un plat qu'on apporte sur la table, devant nous. Toute réclamation serait inutile, d'ailleurs la servante a disparu, le patron est invisible et les autres clients s'extasient sur la nourriture."

"J'ai interrogé les livres et je leur ai demandé quel était le sens de la vie, mais ils n'ont pas répondu. J'ai frappé aux portes du silence, de la musique et même de la mort, mais personne n'a ouvert. Alors j'ai cessé de demander. J'ai aimé les livres pour ce qu'ils étaient, des blocs de paix, des respirations si lentes qu'on les entend à peine. J'ai aimé le silence, la musique et la mort pour ce qu'ils ouvraient en moi, cette clairière dans mon cerveau, ce trou dans les étoiles, un peu de vide, enfin. J'ai rejoint l'atelier des berceaux."

"La vie est ce jeu où il s'agit de s'approcher au plus près de soi sans s'en apercevoir."

"Les voyageurs, qui admirent-ils, sinon la vie très ordinaire de ceux qu'ils frôlent?"

"La tristesse vient du sentiment inexplicable d'être trompé."

"L'âme est ce qui résiste au monde et à nous-mêmes, ..."