11 avril 2020

Doris Lessing. "Le Rêve le plus doux". 2001. Extraits.


"Je vois que tu attendais une attitude cohérente. C'est en général une erreur, à mon point de vue."

"Mais peut-être le destin de chacun réside-t-il dans son tempérament, lequel attire invisiblement les êtres et les événements. Sans doute inconsciemment, dans leur jeunesse, jusqu'au moment où force leur est de conclure que c'est leur caractère, il y a des gens qui montrent une certaine passivité envers la vie: ils attendent de voir ce qui va se présenter dans leur assiette, passer à leur portée ou leur crever les yeux - "Qu'est-ce qui ne tourne pas rond chez toi? Tu es aveugle?" et puis, cherchant moins à saisir la chose qu'à la guetter, la laissent évoluer, se révéler. Alors la tâche est de s'en accommoder du mieux possible, de tenter ce qu'on peut."

"... nous portons en nous-mêmes des modèles invisibles aussi inéluctablement personnels que nos empreintes digitales, mais nous n'en prenons conscience qu'après avoir regardé autour de nous et reconnu leurs reflets."

"C'est quelque chose d'avoir la preuve qu'on a raison, après avoir été réduite au silence et piétinée pendant des années. Et en l'étant encore aujourd'hui, ajouta-t-elle."

"J'ai appris une chose, c'est que je ne comprends rien…"

"Croyez-vous qu'il puisse y avoir des conflits pareils, des guerres atroces, affreuses, et qu'on puisse dire ensuite: "Très bien, c'est fini, retournons à la normale." Mais plus rien n'est normal."

"... ces moments ne sont pas rares avec les vieilles personnes: un changement de voix, une grimace douloureuse, une certaine rudesse, …, qui était tout ce qui leur restait d'une blessure ou d'une déception quelconque… Et puis, voilà, c'était terminé, c'était fini. Nul ne saurait jamais."

"Pour les aînés, meurtris par la vie, c'est pénible, très pénible, de devoir écouter la jeunesse idéaliste exiger des explications sur le malheur du monde."

"Garder ses opinions pour soi use, exige beaucoup de soi, tout compte fait;..."

"Ne trouvez-vous pas étonnant que les sots aient tant de pouvoir?"

"Ils comprirent que cette agressivité était trop profondément enfouie quelque part dans l'inconscient collectif pour pouvoir être raisonnée."

"Vous avez trop d'étoiles dans les yeux pour votre bien."

"A-t-il jamais existé une génération qui n'ait pas vu avec étonnement - même s'il faut sûrement toujours s'y attendre - les gros bras, les délinquants et les rebelles de leur jeunesse se transformer en porte-parole de la raison?"

"Etre si déphasé par rapport à son époque requiert un certain cran…"